Dans ce guide
L'unité de travail du DUERP regroupe des salariés exposés à des risques comparables dans des conditions de travail similaires : elle ne correspond pas forcément à un service de l'organigramme ni à un lieu précis. Le document unique doit être structuré par unité de travail (article R4121-1 du Code du travail). Ce guide détaille trois méthodes de découpage, des exemples concrets par métier et les erreurs à éviter.
Qu'est-ce qu'une unité de travail dans le DUERP ?
Une unité de travail est un regroupement de salariés qui partagent des conditions d'exposition aux risques suffisamment proches pour être évalués ensemble. Elle peut réunir des salariés de services différents exposés aux mêmes risques, ou au contraire distinguer, au sein d'un même service, des postes exposés à des risques différents. La notion n'impose pas un lieu physique unique ni un intitulé de poste précis : c'est la similarité des conditions de travail et des risques qui définit le regroupement, pas l'organigramme de l'entreprise.
Dans une petite entreprise, cette souplesse est utile : un même salarié peut relever de plusieurs unités de travail s'il occupe des fonctions différentes selon les jours (par exemple, en cuisine et en livraison), et une unité de travail peut ne compter qu'une seule personne si son poste est réellement isolé du reste de l'effectif. L'important est que le découpage retenu reflète la réalité des postes, pas une contrainte administrative appliquée de façon mécanique.
Pourquoi découper le DUERP en unités de travail ?
Découper le document en unités de travail sert un objectif simple : rendre l'évaluation des risques exploitable, en vue de la cotation qui suit. Un document qui évalue les risques « pour toute l'entreprise » sans distinction masque des situations différentes (un poste administratif n'est pas exposé aux mêmes risques qu'un poste de production) et rend le plan d'action imprécis, faute de savoir où agir. À l'inverse, un découpage trop fin, poste par poste ou salarié par salarié, alourdit le document sans apporter d'information supplémentaire utile, dès lors que plusieurs postes partagent déjà les mêmes risques.
Le bon niveau de découpage se reconnaît à un critère simple : chaque unité de travail doit permettre de répondre clairement à la question « qui est exposé à quoi, et dans quelles conditions ? ». Si la réponse varie fortement à l'intérieur d'une même unité, le découpage est probablement trop large. Si deux unités de travail voisines ont exactement la même réponse, elles peuvent sans doute être regroupées.
Trois approches pour découper les unités de travail
Trois logiques de découpage sont couramment utilisées, seules ou combinées selon la taille et l'organisation de l'entreprise :
- Par métier ou poste : les salariés sont regroupés selon leur fonction (cuisinier, serveur, chauffeur, comptable), ce qui convient bien aux entreprises avec des métiers bien identifiés et des risques différents d'un métier à l'autre.
- Par lieu : les salariés sont regroupés selon l'endroit où ils travaillent (atelier, entrepôt, accueil, bureaux), pertinent quand le risque dépend surtout de l'environnement plus que de la fonction exercée.
- Par activité : les salariés sont regroupés selon la tâche réalisée à un moment donné (préparation, service, livraison, nettoyage), utile quand un même salarié occupe plusieurs fonctions au cours de sa journée.
Ces trois approches ne s'excluent pas : une entreprise peut très bien combiner un découpage par métier pour l'essentiel de l'effectif, et une unité de travail à part pour une activité annexe (livraison, télétravail) qui expose à des risques différents du poste principal.
Le choix de l'approche dépend surtout de ce qui distingue le mieux les niveaux de risque dans l'entreprise. Dans un commerce, le lieu (réserve, surface de vente, quai de livraison) sépare souvent bien les risques. Dans une entreprise de services, c'est davantage le métier ou la fonction qui fait la différence. Dans une entreprise où les tâches changent selon les commandes ou les chantiers, l'approche par activité colle mieux à la réalité du travail que l'approche par métier ou par lieu, qui resteraient trop rigides.
Que dit précisément l'article R4121-1 sur l'unité de travail ?
L'article R4121-1 du Code du travail impose à l'employeur de transcrire les résultats de l'évaluation des risques dans un document unique, en les classant par unité de travail. Le texte ne définit pas de méthode de découpage imposée ni de nombre minimal ou maximal d'unités : il pose seulement l'exigence de fond, que chaque entreprise doit traduire selon sa propre organisation. C'est cette absence de méthode imposée qui explique pourquoi trois entreprises du même secteur peuvent avoir des découpages différents, tout en respectant également le texte, dès lors que leur découpage reflète correctement leurs risques réels.
Le découpage a-t-il un lien avec l'obligation d'avoir un DUERP ?
Le DUERP est obligatoire dès le premier salarié, quel que soit le secteur d'activité, et cette obligation ne dépend pas du nombre d'unités de travail retenu : une entreprise d'une seule unité de travail (par exemple un commerce avec un seul type de poste) doit produire un document tout aussi complet qu'une entreprise à cinq ou six unités. Le découpage est une question de méthode pour rendre le contenu exploitable, pas une condition de l'obligation elle-même.
Exemples de découpage par type d'entreprise
Le découpage varie fortement selon l'activité et la taille de l'entreprise. Trois exemples pour illustrer :
| Type d'entreprise | Exemple d'unités de travail |
|---|---|
| Restaurant | Cuisine, salle et service, plonge, livraison |
| Bureau | Accueil, poste administratif sédentaire, salariés en télétravail partiel |
| Petite entreprise du BTP | Chantier (par type de tâche : maçonnerie, échafaudage), conduite de véhicule, atelier de stockage du matériel |
Dans chaque cas, le découpage part des risques réellement différents d'une activité à l'autre, pas d'une liste standard à recopier telle quelle. Certains modèles de DUERP proposent un découpage type par secteur, qui reste un point de départ à ajuster plutôt qu'une trame à suivre sans vérification.
Dans le cas du bureau, par exemple, distinguer l'accueil du poste administratif sédentaire a du sens si l'accueil est exposé à un risque d'agression ou de gestion de public, absent du poste administratif classique. À l'inverse, regrouper deux postes administratifs très proches dans une même unité évite d'alourdir le document pour un gain d'information minime.
Découper ses unités de travail en pratique, dans une TPE
Pour une entreprise de 3 à 20 salariés qui découpe ses unités de travail pour la première fois, une méthode simple consiste à partir de la journée type de chaque salarié plutôt que de l'organigramme. D'abord, lister les tâches effectivement réalisées sur une semaine type, y compris les tâches annexes (nettoyage, livraison, astreinte). Ensuite, regrouper les tâches qui exposent aux mêmes risques dans les mêmes conditions, sans se soucier de l'intitulé du poste. Puis vérifier qu'aucune tâche récurrente n'a été oubliée, en particulier celles réalisées par un seul salarié ou de façon ponctuelle. Ce travail se fait en général en une à deux heures pour une entreprise de trois à cinq unités de travail, directement avec les salariés concernés plutôt que depuis un bureau.
Quelles sont les erreurs fréquentes de découpage ?
Trois erreurs reviennent le plus souvent dans les DUERP des petites entreprises :
- Un découpage trop large : toute l'entreprise regroupée en une seule unité de travail, ce qui masque les risques propres à certains postes derrière une évaluation moyenne peu précise.
- Un découpage trop fin : une unité de travail par salarié ou par tâche isolée, ce qui alourdit le document sans réel bénéfice quand plusieurs postes partagent déjà les mêmes risques.
- Des activités annexes oubliées : le nettoyage des locaux, les livraisons, les déplacements professionnels ou le télétravail partiel sont parfois absents du découpage alors qu'ils exposent à des risques propres (produits d'entretien, risque routier, isolement à domicile) qui méritent leur propre ligne dans le document.
Une quatrième difficulté, plus subtile, touche les entreprises qui évoluent : un découpage adapté au démarrage de l'activité peut devenir obsolète après l'ouverture d'un nouveau poste, un déménagement ou un changement d'organisation. Revoir le découpage en unités de travail fait alors partie de la mise à jour du DUERP, au même titre que la révision des risques eux-mêmes.
Un bon signe qu'il est temps de revoir le découpage : une unité de travail dont le contenu ne correspond plus à ce qui s'y fait réellement, par exemple parce qu'une partie de l'équipe a changé d'activité sans que le document ait été mis à jour en conséquence.
Ce que cela change dans votre DUERP
Le découpage en unités de travail est la première étape de la rédaction du DUERP : c'est lui qui structure ensuite l'ensemble des risques, mesures et actions du document. Exemple fictif de découpage pour une petite entreprise de nettoyage :
| Unité de travail | Salariés concernés | Risques principaux |
|---|---|---|
| Intervention chez le client | Agents de nettoyage en déplacement | Risque routier, produits d'entretien, travail isolé |
| Encadrement et planification | Responsable d'équipe au bureau | Charge mentale, travail sur écran |
Cet exemple est fictif et présenté à titre d'illustration : le découpage réel doit toujours partir de l'observation des postes et des activités propres à chaque entreprise, pas d'un modèle générique appliqué sans adaptation.
Ce contenu est une information générale et ne constitue pas un conseil juridique ; l'employeur reste responsable du découpage en unités de travail de son entreprise et du contenu de son document unique.
Questions fréquentes
Une unité de travail correspond-elle toujours à un service de l'entreprise ?
Non. Une unité de travail regroupe des salariés exposés à des risques comparables, ce qui ne correspond pas toujours à l'organigramme : deux services différents peuvent partager la même unité de travail s'ils sont exposés aux mêmes risques, ou un même service peut se diviser en plusieurs unités si les postes exposent à des risques différents.
Faut-il créer une unité de travail par salarié ?
Non, ce serait trop détaillé et rendrait le document inexploitable. L'unité de travail regroupe les salariés dans des conditions de travail comparables. Un découpage trop fin multiplie les lignes sans apporter d'information supplémentaire utile à la prévention.
Comment savoir si le découpage en unités de travail est trop large ?
Un découpage est trop large quand une unité de travail rassemble des salariés exposés à des risques nettement différents, ce qui masque certains risques dans la moyenne du groupe. Le signe le plus courant est une unité de travail qui couvre toute l'entreprise sans distinction de poste ni d'activité.