Le DUERP en santé et médico-social : un risque biologique à ne pas sous-estimer
Un cabinet médical, un cabinet dentaire ou une structure médico-sociale combine des risques que l'on retrouve rarement ensemble ailleurs : exposition au sang et aux agents infectieux, manutention de patients dépendants, et charge émotionnelle liée à la relation de soin. L'INRS, qui consacre un dossier à la santé et à l'aide à la personne, rappelle que le risque biologique fait l'objet d'une évaluation spécifique dans le Code du travail, distincte de l'évaluation générale des risques (source : INRS, Santé et aide à la personne ; art. R4421-1 et suivants du Code du travail). Un DUERP santé qui se limite aux risques génériques de bureau passe à côté de l'essentiel de l'activité.
Points de vigilance propres au secteur
- Accidents d'exposition au sang (AES) : piqûre, coupure ou projection lors d'un soin exposent à des agents infectieux (VIH, hépatites) ; une procédure écrite (nettoyage immédiat, consultation dans les 4 heures, déclaration) doit être affichée et connue de tout le personnel.
- Manutention de patients : les transferts de personnes dépendantes (lit-fauteuil, relevage après chute) sont une cause majeure de troubles musculo-squelettiques ; le recours à des aides techniques (lève-personne, drap de glisse) doit être recherché avant la seule force physique.
- Agents infectieux aéroportés et de contact : tuberculose, gale, bactéries multirésistantes exposent le personnel lors des soins rapprochés, avec des précautions complémentaires spécifiques par pathologie, au-delà des précautions standard.
- Déchets d'activités de soins à risques infectieux (DASRI) : la collecte d'objets piquants ou de déchets contaminés impose des collecteurs normalisés et une traçabilité de l'élimination (Code de la santé publique, art. R1335-1 et suivants).
Cas particuliers : travail de nuit, intérim et violence des patients
Les structures médico-sociales fonctionnant en continu (EHPAD, cliniques) emploient du personnel de nuit, souvent en effectif réduit, ce qui cumule fatigue chronique et travail isolé face à des patients pouvant être agités ; un suivi médical renforcé est obligatoire pour ces travailleurs (art. R4624-17). Le recours à l'intérim pour combler les absences impose d'informer chaque intervenant des risques du poste avant sa prise de service, en particulier sur les gestes de manutention et les procédures AES. Enfin, l'agressivité de certains patients ou résidents, notamment en cas de troubles cognitifs, constitue un risque de violence externe à traiter avec un protocole de gestion de l'agressivité, distinct d'un simple rappel au calme.
Une obligation identique, qu'il s'agisse d'un cabinet ou d'un établissement
Un cabinet médical de ville et un établissement médico-social avec hébergement sont soumis à la même obligation de fond, avec des seuils différents pour le PAPRIPACT (à partir de 50 salariés) et la mise à jour annuelle (à partir de 11 salariés). Depuis le 27 juin 2026, l'absence de DUERP expose, quelle que soit la taille de la structure, à une amende administrative pouvant atteindre 4 000 € par salarié concerné (8 000 € en récidive dans les deux ans), prononcée par la DREETS sur la base de l'article L.8115-1 6° du Code du travail.
Mettre en œuvre votre DUERP santé
Un DUERP santé ou médico-social utile distingue au minimum les unités de travail soins et actes techniques, manutention de patients, produits chimiques et gaz médicaux, et risques psychosociaux. Le générateur guidé, prérempli avec les risques du secteur santé, permet de partir de cette base et de l'ajuster à votre structure (cabinet, établissement avec hébergement, soins à domicile). Conservez systématiquement l'historique des versions : la loi impose de garder les versions successives du document pendant 40 ans (art. R4121-4).
Il s'agit d'un support à faire relire et compléter par l'équipe (référent qualité, médecin du travail si sollicité) plutôt que d'un document figé : la structure reste seule responsable de l'exactitude de son évaluation face à un contrôle. Pour l'obligation générale et le seuil du PAPRIPACT à 50 salariés, consultez nos pages obligation du DUERP et PAPRIPACT.
Les 27 risques pré-cotés de votre DUERP santé / médico-social
Voici les risques proposés dans le questionnaire, regroupés par unité de travail, avec leur cotation par défaut (gravité × fréquence × maîtrise). Vous les décochez ou les ajustez selon la réalité de votre entreprise.
Soins / Actes techniques 4 risques
Aiguilles, cathéters, lancettes, instruments souillés (accident d'exposition au sang)
Piqûre lors d'une injection, du recapuchonnage, de l'élimination des aiguilles ; coupure ; projection de sang sur muqueuse (VIH, VHB, VHC)
Agents infectieux aéroportés et de contact (tuberculose, grippe, gale, BMR/BHRe, Covid)
Contamination lors des soins rapprochés, de la toilette, des aspirations trachéales, des soins de patients contagieux non isolés
Médicaments cytotoxiques et dangereux (chimiothérapie, préparations, aérosols)
Exposition cutanée ou par inhalation lors de la préparation, de l'administration, de la gestion des excréta et des déchets de patients traités
Charge de travail, interruptions de tâche, fatigue lors des actes à risque
Erreur médicamenteuse, erreur d'identité patient, geste inadapté sous pression ou en fin de garde
Manutention de personnes 3 risques
Transferts et mobilisation de patients/résidents dépendants (lit-fauteuil, relevage de chute)
Lombalgie, sciatique, TMS épaule/dos par port et retournement de personnes lourdes ou grabataires, en espace contraint
Postures contraignantes lors des toilettes, réfections de lit, soins au sol
Dos penché en avant prolongé, bras en élévation, torsions répétées ; douleurs lombaires et cervicales chroniques
Port de charges (linge, sacs de déchets, matériel médical, brancardage)
Lombalgie et TMS par port de charges lourdes, poussée de brancards/lits, chariots surchargés dans les couloirs et rampes
Produits chimiques / Gaz 3 risques
Désinfectants et détergents (eau de Javel, ammoniums quaternaires, aldéhydes, acide peracétique)
Irritation respiratoire, dermatite, brûlure oculaire ; dégagement toxique par mélange accidentel (Javel + acide)
Gaz et vapeurs médicaux (gaz anesthésiques résiduels, MEOPA, oxygène, azote liquide)
Exposition chronique aux gaz anesthésiques, anoxie en local confiné, brûlure cryogénique (azote), risque d'incendie lié à l'oxygène
Manipulation de médicaments (broyage de comprimés, préparations, antibiotiques)
Inhalation de poussières médicamenteuses, sensibilisation/allergie (bêta-lactamines), contact cutané lors du broyage ou reconditionnement
Risques psychosociaux 4 risques
Charge émotionnelle (fin de vie, souffrance, décès, relation aux familles)
Épuisement professionnel (burn-out), usure de compassion, syndrome dépressif, distanciation ou surinvestissement
Agressivité et violence des patients, résidents (troubles cognitifs) ou de leurs proches
Coups, morsures, griffures lors des soins (déments, patients agités) ; agression verbale ou physique aux urgences/accueil ; menaces de familles
Travail de nuit, horaires postés, amplitude et coupures
Troubles du sommeil, fatigue chronique, désynchronisation, risque cardio-métabolique majoré, baisse de vigilance aux actes
Sous-effectif, tensions de personnel, interruptions et surcharge
Stress permanent, sentiment de travail empêché, conflits d'équipe, absentéisme et turn-over élevés
Déplacements / Locaux 3 risques
Trajets entre domiciles de patients (soins à domicile, HAD, SSIAD)
Accident de la circulation en mission, aggravé par la fatigue, la précipitation, le stationnement difficile et la météo
Sols glissants ou encombrés (couloirs, chambres, sanitaires, domiciles inadaptés)
Glissade sur sol mouillé (nettoyage, liquides biologiques), trébuchement sur câbles/matériel, chute dans un domicile encombré
Accès en hauteur ponctuel (rangement, réserves, escaliers de domicile)
Chute depuis un escabeau pour ranger le matériel, chute dans des escaliers de domicile non sécurisés
Rayonnements / Équipements 4 risques
Rayonnements ionisants (radiologie, scanner, bloc, sources radioactives, médecine nucléaire)
Exposition externe lors des clichés au lit/au bloc, exposition à des patients porteurs de sources, contamination en médecine nucléaire
Dispositifs médicaux et électriques (pompes, respirateurs, lits électriques, bistouris)
Électrisation par appareil défectueux, câble endommagé, contact avec liquides ; défaut de continuité de service (patient sous assistance)
Stérilisation et surfaces chaudes (autoclaves, laveurs-désinfecteurs, vapeur)
Brûlure par contact ou projection de vapeur à l'ouverture des autoclaves, manipulation de plateaux chauds en sortie de cycle
Lasers médicaux, UV, IRM (champ magnétique intense)
Lésion oculaire/cutanée par laser ou UV ; projectiles ferromagnétiques et brûlures en salle IRM ; effets du champ magnétique
Hygiène / Déchets (DASRI) 3 risques
Déchets d'activités de soins à risques infectieux (DASRI) et déchets perforants
Piqûre/coupure par déchet perforant mal conditionné, contact avec déchets infectieux lors de la collecte, du transport et du regroupement
Linge et draps souillés (sang, excreta, liquides biologiques)
Contamination lors du tri et du transport du linge souillé, exposition aux perforants oubliés dans les draps
Hygiène des mains répétée et port de gants prolongé
Dermatite d'irritation ou allergique des mains (lavages fréquents, SHA, gants latex), fissures cutanées favorisant les infections
Locaux / Ambiances 3 risques
Incendie en établissement recevant du public hébergeant des personnes non autonomes
Départ de feu (électrique, oxygène, cuisine) avec évacuation difficile de patients/résidents grabataires ou non valides
Chaleur (canicule, chambres surchauffées) et variations thermiques
Coup de chaleur, déshydratation, fatigue lors des soins en tenue couvrante, en chambre chaude ou pendant les épisodes caniculaires
Ambiances sonores (alarmes, sonneries, appels malades) et éclairage inadapté
Fatigue et stress liés aux alarmes continues, difficultés de concentration, fatigue visuelle et risque d'erreur en éclairage insuffisant (nuit)
Questions fréquentes — Santé / Médico-social
Un cabinet médical avec 2 salariés (secrétaire, aide-soignante) doit-il avoir un DUERP ?
Oui, dès le premier salarié, y compris dans une petite structure de santé (Code du travail, art. L4121-3 et R4121-1). Le risque d'accident d'exposition au sang (AES) et la manutention de patients y sont particulièrement à évaluer.
Le DUERP doit-il détailler la procédure en cas d'AES ?
Oui. Un accident d'exposition au sang (piqûre, coupure, projection) impose une conduite à tenir précise (nettoyage, consultation dans les 4 heures, déclaration) que le DUERP doit documenter comme une mesure de prévention concrète, pas une simple mention générale.
La manutention de patients est-elle un risque distinct du risque biologique ?
Oui. Les transferts de patients dépendants (lit-fauteuil, relevage) exposent principalement à des troubles musculo-squelettiques, tandis que le risque biologique (AES, agents infectieux) relève d'une évaluation séparée avec ses propres mesures de prévention.
Le travail de nuit en établissement médico-social nécessite-t-il une évaluation spécifique ?
Oui. Le personnel de nuit, souvent en effectif réduit, cumule fatigue chronique et risque de travail isolé face à des patients ou résidents pouvant être agités ; un suivi médical renforcé est obligatoire pour les travailleurs de nuit (art. R4624-17).