Le DUERP en hôtellerie : plusieurs métiers sous un même toit
Un hôtel réunit sous une même structure des métiers aux risques très différents : accueil et relation client à la réception, TMS et chimie aux étages, chaleur et coupures en cuisine si l'établissement propose la restauration, manutention de linge en lingerie. L'INRS, qui consacre un dossier à l'hôtellerie, souligne que cette diversité impose une évaluation par unité de travail plutôt qu'une approche uniforme du « personnel d'hôtel » (source : INRS, Hôtellerie : les risques du métier). Un DUERP hôtel qui ne distingue pas ces postes passe à côté de la majorité des risques réels de l'établissement.
Points de vigilance propres au secteur
- Ménage des chambres (étages) : gestes répétitifs et postures contraignantes pour faire les lits et nettoyer les sanitaires, combinés à une cadence de chambres élevée, en font l'un des postes les plus exposés aux TMS de l'hôtellerie.
- Travail de nuit et travail isolé : le veilleur de nuit (night audit) est souvent seul, avec un risque de malaise sans témoin ; le Code du travail impose un suivi médical renforcé pour les travailleurs de nuit (art. R4624-17).
- Produits d'entretien en espace confiné : le nettoyage des sanitaires expose à l'inhalation de vapeurs de détartrants et désinfectants dans un espace souvent mal ventilé, avec un risque réel de mélange accidentel entre deux produits incompatibles.
- Risque biologique en chambre : objets piquants oubliés dans la literie, punaises de lit, linge souillé exposent le personnel d'étage à des risques biologiques spécifiques, encore rarement détaillés dans les DUERP génériques du secteur.
Cas particuliers : saisonniers, extras et établissement recevant du public
L'hôtellerie recrute massivement en saison touristique : ces salariés saisonniers sont exposés aux mêmes risques que l'équipe permanente et doivent bénéficier d'un accueil sécurité adapté à leur courte présence, en particulier sur les postes d'étages et de cuisine. Un hôtel est également un établissement recevant du public (ERP) hébergeant des personnes qui dorment sur place : l'évacuation en cas d'incendie y est plus complexe qu'ailleurs et impose des exercices réguliers, au-delà de la seule vérification des extincteurs. Enfin, le personnel d'étage travaillant seul en chambre, en présence possible d'un client, doit disposer d'une consigne claire sur la conduite à tenir en cas de malaise ou de comportement inapproprié.
Un établissement recevant du public, une double vigilance
Un hôtel cumule les obligations d'un employeur classique et celles d'un établissement recevant du public (ERP) hébergeant des personnes qui y dorment. Depuis le 27 juin 2026, l'absence de DUERP expose, indépendamment des règles de sécurité incendie propres aux ERP, à une amende administrative pouvant atteindre 4 000 € par salarié concerné (8 000 € en récidive dans les deux ans), prononcée par la DREETS sur la base de l'article L.8115-1 6° du Code du travail.
Mettre en œuvre votre DUERP hôtel
Un DUERP hôtellerie utile distingue au minimum les unités de travail réception, étages/chambres, restaurant/bar si l'activité existe, lingerie et maintenance. Le générateur guidé, prérempli avec les risques du secteur hôtelier, permet de partir de cette base et de l'ajuster à la taille et à l'activité réelle de votre établissement. Datez et archivez chaque version : la loi impose de conserver les versions successives du document pendant 40 ans (art. R4121-4), un historique utile pour tracer les ajustements liés aux périodes saisonnières.
Considérez ce contenu comme un point de départ à faire vivre au fil des saisons de votre établissement, pas comme un document figé une fois pour toutes : l'exactitude finale reste de la responsabilité de la direction de l'hôtel. Pour l'obligation générale et les sanctions applicables depuis juin 2026, consultez nos pages obligation du DUERP et amende DUERP 2026.
Les 41 risques pré-cotés de votre DUERP hôtellerie
Voici les risques proposés dans le questionnaire, regroupés par unité de travail, avec leur cotation par défaut (gravité × fréquence × maîtrise). Vous les décochez ou les ajustez selon la réalité de votre entreprise.
Réception / Accueil 5 risques
Contact permanent avec la clientèle, réclamations, tension au check-in/check-out
Stress lié aux plaintes, exigences contradictoires, gestion simultanée téléphone/comptoir/mails en période de rush
Poste de nuit (veilleur/night audit), travail isolé de nuit
Fatigue chronique, troubles du sommeil, baisse de vigilance, malaise sans témoin en poste seul la nuit
Clientèle agressive ou alcoolisée, incivilités, vol/braquage à la réception
Agression verbale ou physique, intrusion, tentative de vol de la caisse ou du coffre, notamment la nuit
Station debout prolongée, poste informatique mal réglé, port de bagages ponctuel
Douleurs lombaires et des membres inférieurs, fatigue posturale, TMS poignets/nuque à l'écran
Équipements bureautiques et multiprises (PC, imprimante, TPE, chargeurs)
Contact indirect sur matériel défectueux, surcharge de multiprises, câblage au sol
Étages / Chambres (ménage) 7 risques
Gestes répétitifs et postures contraignantes du nettoyage des chambres
Torsions du dos pour faire les lits, nettoyage de sanitaires bras en extension, cadence de chambres élevée
Manutention de la literie, matelas, sacs de linge et déchets
Lombalgie au retournement des matelas, port de sacs de linge sale lourds, transport dans les escaliers de service
Produits d'entretien (détartrants WC, désinfectants, javel, dégraissants vitres)
Inhalation de vapeurs en sanitaires confinés, projection cutanée/oculaire, brûlure chimique, mélange accidentel détartrant + javel
Sols de sanitaires mouillés, tapis, câbles d'aspirateur
Glissade sur carrelage humide, trébuchement sur tapis ou fil d'aspirateur, chute dans la baignoire lors du nettoyage
Nettoyage en hauteur (vitres, dessus de meubles, luminaires)
Chute en montant sur une chaise, un lit ou un rebord pour atteindre les points hauts
Souillures, déchets, linge contaminé, punaises de lit, seringues abandonnées
Contact avec liquides biologiques, piqûre par objet coupant caché dans la literie, exposition punaises de lit, coupures verre
Travail isolé en chambre, présence possible d'un client
Malaise sans témoin dans une chambre, agression ou harcèlement par un client présent, sentiment d'insécurité
Restaurant / Bar 6 risques
Port de plateaux, réassort, station debout et marche prolongées
TMS épaules/poignets/dos par port de plateaux chargés et gestes répétitifs, fatigue des membres inférieurs
Boissons chaudes, machine à café/percolateur, vapeur
Brûlure par renversement de boisson chaude, projection de vapeur du percolateur, contact avec buse à lait
Verrerie, bris de verre, couverts, ouvre-bouteilles
Coupure au débarrassage, casse de verre au bar, coupure en rangeant les couverts ou au nettoyage
Sols glissants en salle et derrière le bar (liquides renversés)
Glissade sur boisson renversée, glaçon au sol au bar, marche/dénivelé mal signalé
Cadence de service, coups de feu, horaires en coupure, pourboire/pression
Stress lié au rush, tension avec la cuisine et les clients, horaires fractionnés, épuisement
Exposition professionnelle à l'alcool et à la clientèle alcoolisée (bar)
Incitation à la consommation, gestion de clients ivres, conflits en fin de service
Cuisine 7 risques
Plaques, fours, friteuses, bains-marie, salamandres
Brûlure par contact avec surfaces chaudes, projection d'huile et de vapeur, débordement de friteuse
Couteaux, trancheurs, mandolines, robots de découpe
Coupure à la découpe, au nettoyage des lames, au déblocage d'un trancheur
Sols de cuisine gras et humides
Glissade sur sol souillé pendant le service ou le nettoyage
Produits de nettoyage-désinfection (dégraissants, détartrants, javellisants)
Inhalation de vapeurs, projection cutanée ou oculaire, mélange accidentel de produits
Gaz, huiles surchauffées, hottes encrassées, équipements électriques
Départ de feu sur friteuse ou hotte, fuite de gaz, court-circuit, explosion
Équipements de cuisine en environnement humide (fours, mixeurs, trancheurs)
Électrocution par appareil défectueux, contact eau/électricité, fil dénudé
Chaleur dégagée par les équipements de cuisson
Coup de chaleur, déshydratation, malaise, baisse de vigilance en piano de cuisson
Lingerie / Blanchisserie 6 risques
Repassage, pliage, calandre, gestes répétitifs et station debout
TMS épaules/poignets/dos par gestes répétitifs de pliage et de repassage, station debout prolongée
Manutention de sacs et chariots de linge, chargement des machines
Lombalgie au port des sacs de linge humides et lourds, effort au chargement/déchargement des machines de bas en position basse
Sèche-linge, calandre, fer et centrale vapeur
Brûlure par contact avec calandre chaude, vapeur du fer, linge chaud sortant du sèche-linge
Produits lessiviels concentrés, javel, adoucissants, détachants
Brûlure chimique, irritation respiratoire, projection oculaire lors du dosage ou d'une fuite de centrale de dosage
Chaleur et humidité du local de blanchisserie
Coup de chaleur, inconfort, déshydratation en ambiance chaude et humide
Linge sale contaminé (souillures biologiques, objets piquants)
Contact avec liquides biologiques, piqûre par objet caché dans le linge, exposition microbienne au tri
Maintenance / Technique 6 risques
Interventions sur installations et équipements électriques
Électrocution/électrisation lors d'une intervention sous tension, contact indirect, arc électrique
Travaux en hauteur (toiture, luminaires, façade, escabeaux, échelles)
Chute depuis échelle, escabeau, toiture ou plateforme lors d'une intervention technique
Outils portatifs, pièces mobiles, entretien machines (CVC, pompes, moteurs)
Coupure, écrasement, happement par organe en mouvement, projection lors de l'usage d'outils électroportatifs
Produits techniques (traitement d'eau, piscine/spa : chlore, brome, acides ; peintures, solvants)
Inhalation de vapeurs de chlore, brûlure par acide, dégagement gazeux au mélange chlore/acide en local technique piscine
Locaux techniques bruyants (chaufferie, groupes froids, ventilation), outils vibrants
Fatigue auditive, exposition au bruit des machines, vibrations main-bras des outils portatifs
Réseaux d'eau chaude sanitaire, tours aéroréfrigérantes (légionelle)
Inhalation d'aérosols contaminés lors d'interventions sur réseaux ECS ou tours de refroidissement
Circulation / Communs 4 risques
Escaliers, sols glissants des communs, dénivelés, éclairage insuffisant
Chute dans les escaliers, glissade sur sol ciré ou mouillé du hall, trébuchement sur tapis ou seuil
Ascenseurs et monte-charges de service
Coincement, écrasement, chute dans la gaine, panne avec personnes bloquées
Établissement recevant du public (ERP) avec locaux à sommeil
Difficulté d'évacuation des clients endormis, propagation de fumée, issues encombrées
Déplacements professionnels et trajets domicile-travail (horaires décalés)
Accident de la circulation lors des courses/navettes ou en trajet de nuit après un poste tardif
Questions fréquentes — Hôtellerie
Un hôtel avec 8 salariés doit-il avoir un DUERP ?
Oui, dès le premier salarié (Code du travail, art. L4121-3 et R4121-1). L'hôtellerie combine des risques rarement réunis ailleurs : TMS du ménage en chambre, chimie, travail de nuit et accueil d'un public parfois difficile.
Le ménage des chambres justifie-t-il une évaluation distincte de la réception ?
Oui. Les étages exposent à des TMS liés aux gestes répétitifs et à la manutention de la literie, ainsi qu'à un risque chimique (produits d'entretien) très différent des risques de la réception (RPS, travail de nuit isolé).
Les saisonniers d'un hôtel touristique sont-ils concernés par le DUERP ?
Oui. Un salarié saisonnier, même présent quelques mois, est exposé aux mêmes risques que l'équipe permanente et doit recevoir un accueil sécurité adapté, en particulier sur les postes à risque comme les étages ou la cuisine.
Le veilleur de nuit doit-il figurer comme un poste à part dans le DUERP ?
Oui. Le travail de nuit en poste isolé impose un suivi médical renforcé (art. R4624-17 du Code du travail) et un dispositif d'alerte adapté, distincts des mesures prévues pour les postes de jour.