Le DUERP en commerce : un document par zone du magasin
Un commerce de détail combine des espaces aux risques différents : la surface de vente et l'encaissement, la réserve et la mise en rayon, la réception des livraisons. L'INRS, qui publie un dossier dédié au commerce de détail non alimentaire, souligne que ces zones exposent le personnel à des dangers distincts — manutention en réserve, station debout en caisse, violence externe à l'accueil (source : INRS, Commerce de détail non alimentaire). Un DUERP construit sur une seule ligne « personnel de vente » ne permet pas de prioriser les actions utiles, comme l'achat d'un transpalette ou la formation à la gestion d'un client agressif.
Points de vigilance propres au secteur
- Manutention en réserve et en rayon : le port répété de colis et de packs (souvent 10 à 25 kg) reste la première cause de troubles musculo-squelettiques du secteur ; l'INRS recommande de limiter le port manuel et de généraliser les aides à la manutention (diable, transpalette).
- Violence externe et braquage : la manipulation d'espèces et les tensions liées aux files d'attente ou aux retours produits exposent le personnel à des incivilités, voire à des vols à main armée dans certains commerces ; une procédure écrite et un dispositif d'alerte discret sont attendus.
- Chute de plain-pied et de hauteur : sols encombrés, escaliers d'accès aux réserves, accès aux rayonnages hauts sans escabeau conforme sont des situations fréquentes que le DUERP doit détailler poste par poste.
- Amplitude et horaires atypiques : ouverture tôt, fermeture tard, travail le week-end et les jours fériés favorisent la fatigue chronique et méritent d'être traités comme un facteur de risque, pas seulement une contrainte d'organisation.
Cas particuliers : saisonniers, étudiants et travail isolé
Le commerce recrute massivement en contrat court lors des soldes, des fêtes de fin d'année ou de la rentrée : ces salariés sont exposés aux mêmes risques que l'équipe permanente et doivent recevoir un accueil sécurité, même bref, avant leur prise de poste. L'ouverture ou la fermeture du magasin par une seule personne — fréquente dans les petites surfaces — constitue un risque de travail isolé à traiter explicitement, avec une procédure d'alerte en cas d'agression ou de malaise. Enfin, un commerce alimentaire doit distinguer les postes exposés au froid (chambre froide, meubles réfrigérés) des postes de vente classique, car les dangers et les mesures de prévention ne sont pas les mêmes.
Un document à présenter, pas seulement à archiver
Le DUERP n'est pas un document que l'on range une fois rédigé : il doit être tenu à disposition des salariés, du CSE s'il existe, du médecin du travail et de l'inspection du travail, et les versions successives conservées pendant 40 ans (Code du travail, art. R4121-4). Depuis le 27 juin 2026, son absence expose à une amende administrative pouvant atteindre 4 000 € par salarié (8 000 € en récidive), prononcée par la DREETS (art. L.8115-1 6° du Code du travail). Pour un commerce employant régulièrement des saisonniers, garder une trace claire de chaque mise à jour facilite aussi l'accueil sécurité des nouvelles recrues.
Mettre en œuvre votre DUERP commerce
Un DUERP commerce utile distingue au minimum les unités de travail vente/encaissement, mise en rayon/réserve, réception des livraisons et, si votre activité le justifie, nettoyage. Le générateur guidé, prérempli avec les risques du secteur commerce de détail, permet de partir de cette base et de l'ajuster à la taille et à l'organisation réelle de votre magasin. Ce document reste un modèle de travail à personnaliser : c'est vous, employeur, qui restez responsable de l'exactitude de votre évaluation. Pour la trame générale et les échéances de mise à jour, consultez nos pages obligation du DUERP et mise à jour du DUERP.
Les 27 risques pré-cotés de votre DUERP commerce de détail / vente
Voici les risques proposés dans le questionnaire, regroupés par unité de travail, avec leur cotation par défaut (gravité × fréquence × maîtrise). Vous les décochez ou les ajustez selon la réalité de votre entreprise.
Vente & encaissement 5 risques
Station debout prolongée en caisse et sur la surface de vente
Douleurs lombaires, jambes lourdes, troubles circulatoires par station debout statique toute la journée
Gestes répétitifs de scan, saisie et manipulation des articles en caisse
TMS poignets/épaules/nuque par répétitivité, mouvements de torsion pour saisir et déposer les articles
Braquage, vol à main armée, agression au poste d'encaissement
Menace ou violence physique lors d'un braquage ; agression liée à la manipulation d'espèces
Incivilités et agressions verbales de la clientèle (files d'attente, litiges, retours)
Insultes, menaces, comportements agressifs de clients mécontents ou sous emprise
Responsabilité de la caisse et gestion des espèces
Stress lié aux écarts de caisse, pression sur les erreurs de rendu de monnaie, sanctions perçues
Mise en rayon & réserve 6 risques
Port et déplacement de colis, packs, cartons lors du réassort
Lombalgie, TMS dos/épaules par port répété de charges (packs d'eau, cartons 10-25 kg), postures contraignantes
Réassort en position basse (rayons du bas) ou bras en extension (rayons hauts)
TMS genoux/dos/épaules par accroupissements répétés et travail bras au-dessus des épaules
Accès aux rayonnages et réserves en hauteur (> 1,80 m)
Chute en montant sur un moyen de fortune (carton, étagère) pour atteindre le stock en hauteur
Chute de marchandises depuis les rayonnages ou têtes de gondole surchargées
Chute d'un article lourd ou volumineux lors de la mise en rayon, du facing ou du déstockage
Ouverture des cartons au cutter, agrafes, cerclages, films
Coupure de la main, du bras ou d'un tiers lors du déballage ; blessure par cerclage sous tension
Éclairage de rayon, matériel électrique, réglettes et prises en réserve
Électrisation par contact avec un équipement défectueux, une prise ou un câble endommagé
Réception & manutention 4 risques
Transpalette manuel ou électrique, gerbeur en zone de réception
Écrasement des pieds, heurt d'un piéton, coincement contre un mur ou un quai lors du déplacement des palettes
Quai de déchargement, dénivelé, hayon de camion
Chute de hauteur depuis le quai ou le hayon lors du déchargement des livraisons
Dépalettisation et manutention manuelle des livraisons
Lombalgie et TMS par port et rangement de charges lourdes/volumineuses, postures en torsion
Encombrement de la zone de réception (palettes, films, cartons au sol)
Trébuchement ou glissade sur emballages, films plastiques ou sol souillé en zone de flux
Nettoyage & entretien 3 risques
Produits d'entretien (détergents, désinfectants, décapants, javel)
Irritation respiratoire, projection cutanée/oculaire, brûlure chimique, mélange accidentel de produits
Sols mouillés pendant le lavage de la surface de vente et des réserves
Glissade du personnel ou d'un client sur sol fraîchement lavé ou non balisé
Gestes répétitifs et postures contraignantes de nettoyage (balai, serpillière, autolaveuse)
TMS épaules/dos/poignets par mouvements répétés et travail penché prolongé
Accueil client & relation commerciale 4 risques
Pression commerciale, objectifs de vente, contrôle de l'activité
Stress chronique, épuisement, sentiment de surveillance permanente, conflits objectifs/moyens
Horaires variables, amplitude étendue, travail le week-end et jours fériés
Fatigue chronique, difficulté de conciliation vie pro/perso, désorganisation, absentéisme
Travail isolé (ouverture, fermeture, petit magasin, veille de nuit)
Malaise sans témoin, agression sans appui, impossibilité d'appeler à l'aide en cas d'incident
Musique d'ambiance, annonces, sonneries, affluence, ventilation
Fatigue auditive, stress, difficulté de concentration, tension vocale forcée
Circulation & environnement de travail 5 risques
Encombrement des allées, câbles, dénivelés, sols hétérogènes
Trébuchement ou glissade dans les allées de vente ou de réserve encombrées ou mal éclairées
Escaliers d'accès aux réserves, mezzanines, sous-sols
Chute dans les escaliers en portant des charges ou par marche glissante/mal éclairée
Départ de feu (électrique, stockage, ERP recevant du public)
Incendie en surface de vente ou réserve, difficulté d'évacuation du personnel et du public, fumées
Zones froides (bacs réfrigérés, entrée), chaleur estivale, courants d'air
Inconfort thermique, rhumes à répétition près des meubles froids, coup de chaleur en période de canicule
Contact rapproché avec un public nombreux et manipulation d'articles
Transmission virale (grippe, gastro, Covid) au sein de l'équipe ou avec la clientèle en période épidémique
Questions fréquentes — Commerce de détail / Vente
Un commerce de détail avec 2 salariés doit-il avoir un DUERP ?
Oui, dès le premier salarié, quel que soit le secteur ou la taille du magasin (Code du travail, art. L4121-3 et R4121-1). En dessous de 11 salariés, la mise à jour n'est obligatoire qu'en cas de changement important, pas chaque année.
Le DUERP d'un commerce doit-il couvrir le risque de braquage ?
Oui, la violence externe (vol à main armée, agression à l'encaissement) est un risque professionnel à part entière dans le commerce et doit figurer dans le document, avec les mesures de prévention associées (procédure, limitation de l'encaisse, formation).
Les vendeurs saisonniers ou étudiants sont-ils concernés par le DUERP ?
Oui. Un salarié en contrat court, notamment lors des soldes ou des fêtes de fin d'année, est exposé aux mêmes risques que l'équipe permanente (manutention, TMS, violence externe) et doit recevoir un accueil sécurité adapté à sa durée de présence.
Comment distinguer le DUERP d'un commerce alimentaire et non alimentaire ?
Les risques de manutention et de relation client sont proches, mais un commerce alimentaire ajoute des risques liés au froid (chambres et meubles réfrigérés) et à l'hygiène des denrées, qui doivent apparaître comme des unités de travail distinctes.