DUERP BTP : le document unique adapté aux chantiers et à la coactivité

Mis à jour le 23 septembre 2026

Le DUERP en BTP : un document qui doit tenir compte de la coactivité

Une entreprise du bâtiment n'évalue pas seulement ses propres risques : elle intervient presque toujours aux côtés d'autres entreprises sur un même chantier. Le Code du travail impose une coordination SPS obligatoire dès que deux entreprises interviennent sur un chantier (art. L4532-2), avec établissement d'un PGCSPS et de PPSPS par chantier. Le DUERP de l'entreprise, lui, reste le document permanent qui couvre l'ensemble de son activité — gros œuvre, second œuvre, travaux en hauteur — indépendamment du chantier du moment. Ces deux niveaux de documents ne se remplacent pas l'un l'autre.

Points de vigilance propres au secteur

Le BTP concentre une part importante des accidents du travail graves en France, ce qui justifie une évaluation détaillée par phase de travaux, selon l'INRS qui publie un dossier dédié au secteur (source : INRS, Bâtiment et travaux publics). Quatre points méritent une attention particulière dans le DUERP :

  • Chutes de hauteur : planchers, toitures, échafaudages et PEMP restent la première cause d'accidents graves du secteur ; la protection collective (garde-corps, filets) doit primer sur le harnais individuel.
  • Amiante en rénovation : le repérage amiante avant travaux (RAAT) est obligatoire avant toute intervention sur un bâti antérieur à 1997 susceptible d'en contenir (art. R4412-97) ; c'est un préalable au chantier, pas une case du DUERP.
  • Silice cristalline et poussières de bois : classées agents cancérogènes (CMR), elles imposent un suivi individuel renforcé et une traçabilité de l'exposition (art. R4412-149 et suivants).
  • Ensevelissement en tranchée : le blindage des fouilles de plus de 1,30 m est une obligation réglementaire (art. R4534-24), régulièrement absente des DUERP génériques du secteur.

Cas particuliers : intérimaires, sous-traitance et travail isolé

Le BTP recourt fréquemment à l'intérim et à la sous-traitance, ce qui change la façon dont le DUERP doit être utilisé au quotidien : une entreprise utilisatrice doit informer chaque intérimaire des risques du poste qu'il occupe, sur la base de son propre document. Le travail isolé (gardiennage, ouverture de chantier, intervention seule en fin de journée) constitue également un risque à part entière, à traiter au même titre que les risques physiques. Enfin, l'exposition aux intempéries (canicule, grand froid, vent fort en hauteur) doit figurer dans le document avec des seuils d'arrêt écrits, et non comme une simple consigne orale laissée à l'appréciation du chef d'équipe.

Une entreprise contrôlée, un document qui doit tenir

Le BTP figure parmi les secteurs les plus régulièrement contrôlés par l'inspection du travail, notamment lors des visites de chantier. Depuis le 27 juin 2026, l'absence de DUERP expose à une amende administrative pouvant atteindre 4 000 € par salarié concerné (8 000 € en cas de récidive dans les deux ans), prononcée par la DREETS sur la base de l'article L.8115-1 6° du Code du travail. Un document daté, cohérent avec l'activité réelle de l'entreprise et distinct des PPSPS de chantier, pèse directement dans la façon dont un contrôle se déroule.

Mettre en œuvre votre DUERP BTP

Un DUERP BTP utile distingue les unités de travail par nature d'activité (gros œuvre, second œuvre, travaux en hauteur, terrassement, engins, atelier) plutôt que par chantier, car les chantiers changent alors que les postes de travail restent globalement stables. Le générateur guidé, prérempli avec les risques du secteur bâtiment, permet de partir de cette base et de l'ajuster à votre activité réelle (gros œuvre, second œuvre, ou les deux). Les versions successives du document doivent être conservées pendant 40 ans (art. R4121-4) : gardez une trace de chaque mise à jour, même mineure, plutôt que d'écraser la version précédente.

Ce document reste un modèle à valider et personnaliser : l'employeur demeure seul responsable de l'exhaustivité de son évaluation. Pour l'obligation générale et les sanctions applicables depuis la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, consultez nos pages obligation du DUERP et amende DUERP 2026.

Les 40 risques pré-cotés de votre DUERP btp / construction

Voici les risques proposés dans le questionnaire, regroupés par unité de travail, avec leur cotation par défaut (gravité × fréquence × maîtrise). Vous les décochez ou les ajustez selon la réalité de votre entreprise.

Gros œuvre 7 risques

Travail en bordure de dalle, trémies, planchers non protégés

Chute depuis un plancher non protégé, dans une trémie non couverte, en bord de dalle lors du coulage ou du coffrage

G4 × F3 × M1,5CRITIQUE

Coffrages, étaiements, banches, murs en cours de montage

Renversement d'une banche non stabilisée par le vent, effondrement d'un étaiement sous-dimensionné, chute d'un mur non contreventé

G4 × F2 × M1,5ÉLEVÉ

Levage de charges (banches, prédalles, armatures) à la grue

Chute de charge par élingage défectueux, heurt d'un opérateur par charge en balancement, rupture d'accessoire de levage

G4 × F3 × M1ÉLEVÉ

Poussières de silice cristalline (sciage, meulage, perçage béton/pierre)

Inhalation de silice cristalline alvéolaire lors de la découpe de matériaux minéraux (silicose, cancer du poumon)

G4 × F3 × M1,5CRITIQUE

Port d'armatures, parpaings, sacs de ciment (25-35 kg)

Lombalgie, TMS par port de charges lourdes et postures contraignantes (armaturage à genoux, ferraillage)

G3 × F4 × M1,5CRITIQUE

Marteaux-piqueurs, aiguilles vibrantes, perforateurs

Syndrome vibratoire main-bras (troubles vasculaires, neurologiques) par usage prolongé d'outils vibrants

G3 × F3 × M1,5CRITIQUE

Béton et mortier frais (caractère basique/corrosif)

Brûlures chimiques cutanées et lésions oculaires par contact prolongé ou projection de béton/laitier de ciment

G2 × F3 × M1MODÉRÉ

Second œuvre 7 risques

Matériaux amiantés en rénovation (flocages, dalles, colles, enduits, conduits)

Inhalation de fibres d'amiante lors d'interventions sur bâti antérieur à 1997 (sous-section 4) — mésothéliome, cancer

G4 × F2 × M2CRITIQUE

Échafaudages, PIRL, escabeaux (plâtrerie, peinture, électricité)

Chute depuis un échafaudage incomplet, un escabeau instable, une plateforme sans garde-corps

G4 × F3 × M1,5CRITIQUE

Travaux sur ou à proximité d'installations électriques

Électrisation/électrocution lors de raccordements, perçage sur câble encastré, contact avec conducteur nu

G4 × F2 × M1MODÉRÉ

Peintures, colles, résines, solvants, mousses PU (COV)

Inhalation de COV, atteinte cutanée, sensibilisation (isocyanates), risque en milieu confiné

G3 × F3 × M1,5CRITIQUE

Postures contraignantes (bras en l'air, à genoux, accroupi)

TMS des épaules, genoux, poignets (pose de placo au plafond, carrelage à genoux, câblage en hauteur)

G3 × F4 × M1,5CRITIQUE

Outils portatifs (disqueuses, scies, cloueurs, meuleuses)

Coupure, projection de particules, éjection de disque, blessure par cloueur

G3 × F3 × M1ÉLEVÉ

Outils bruyants en espace clos (perforateurs, disqueuses, compresseurs)

Surdité professionnelle, acouphènes par exposition répétée à des niveaux > 85 dB(A) amplifiés par la réverbération

G3 × F4 × M1,5CRITIQUE

Travaux en hauteur 4 risques

Travail sur toiture, charpente, matériaux fragiles (plaques fibro, verrières)

Chute par le bord de toiture ou à travers une plaque de couverture fragile (fibrociment, plaque translucide)

G4 × F3 × M1,5CRITIQUE

Plateformes élévatrices mobiles de personnel (PEMP / nacelles)

Éjection de la nacelle, renversement de la PEMP sur sol instable, effet catapulte, écrasement contre obstacle

G4 × F2 × M1,5ÉLEVÉ

Chute d'outils ou de matériaux depuis les niveaux supérieurs

Personnel en contrebas heurté par un outil, un matériau ou un gravat tombant depuis un échafaudage ou une toiture

G4 × F3 × M1ÉLEVÉ

Intempéries en hauteur (vent, gel, pluie, canicule, foudre)

Perte d'équilibre par vent fort, sol glissant par gel/pluie, malaise en toiture par forte chaleur, foudroiement

G4 × F3 × M1,5CRITIQUE

Terrassement / VRD 5 risques

Fouilles et tranchées non blindées (profondeur > 1,30 m)

Ensevelissement par éboulement des parois d'une tranchée non blindée ou dont les terres sont stockées trop près du bord

G4 × F2 × M1,5ÉLEVÉ

Réseaux enterrés (électricité, gaz, eau, télécom)

Électrisation, explosion de gaz ou inondation par arrachement d'un réseau non repéré lors du terrassement

G4 × F2 × M1,5ÉLEVÉ

Coactivité piétons / engins de terrassement (pelle, tombereau, chargeuse)

Heurt ou écrasement d'un opérateur au sol par un engin en manœuvre ou en marche arrière (angles morts)

G4 × F3 × M1,5CRITIQUE

Renversement d'engin de terrassement en terrain instable ou pente

Retournement d'une pelle ou d'un tombereau en bord de fouille, sur sol détrempé ou en forte pente

G4 × F2 × M1MODÉRÉ

Poussières minérales et gaz d'échappement en tranchée / espace confiné

Inhalation de poussières lors du terrassement à sec, accumulation de gaz d'échappement d'engins en fond de fouille

G3 × F3 × M1,5CRITIQUE

Engins & levage 4 risques

Conduite d'engins de chantier (grue mobile, chariot, chargeuse, mini-pelle)

Accident lié à une conduite par personnel non formé, sans autorisation de conduite ou avec un engin non contrôlé

G4 × F2 × M1MODÉRÉ

Grue à tour — levage et interférences

Chute de charge, collision entre grues, survol de charge au-dessus de la voie publique ou du personnel, renversement par vent

G4 × F2 × M1,5ÉLEVÉ

Maintenance et réparation d'engins (organes en mouvement, énergies)

Écrasement sous un engin mal calé, happement par pièce en rotation, brûlure hydraulique, projection sous pression

G4 × F2 × M1MODÉRÉ

Vibrations transmises au corps entier par la conduite d'engins

Lombalgies et troubles rachidiens par exposition prolongée aux vibrations du siège d'engin sur terrain accidenté

G3 × F4 × M1,5CRITIQUE

Atelier / Dépôt 4 risques

Machines d'atelier (scie, meuleuse d'établi, plieuse, poste à souder)

Coupure, happement, projection, brûlure lors de la préparation d'ouvrages en atelier

G3 × F3 × M1ÉLEVÉ

Stockage de produits inflammables et dangereux (solvants, carburants, gaz)

Incendie/explosion par stockage inadapté, incompatibilité de produits, mélange accidentel, fuite de gaz

G4 × F2 × M1,5ÉLEVÉ

Rangement et déstockage de matériaux et matériel lourd

Lombalgie par manutention, chute d'objets stockés en hauteur ou sur racks surchargés

G3 × F3 × M1,5CRITIQUE

Charge calorifique élevée (bois, solvants, emballages, poussières)

Départ de feu, propagation rapide, enfumage du local, difficulté d'évacuation

G4 × F2 × M1MODÉRÉ

Circulation chantier & coactivité 4 risques

Coactivité de plusieurs entreprises sur un même chantier

Accident généré par une entreprise sur une autre (chute d'objet, interférence d'engins, travaux superposés) faute de coordination

G4 × F3 × M1,5CRITIQUE

Circulation des véhicules et livraisons sur et aux abords du chantier

Collision, heurt de piéton, renversement lors des manœuvres de camions et livraisons, débouché sur voie publique

G4 × F3 × M1,5CRITIQUE

Travaux sur ou en bordure de voie ouverte à la circulation

Personnel heurté par un véhicule tiers, intrusion d'un usager dans la zone de travaux, choc lors de la pose/dépose de signalisation

G4 × F2 × M1,5ÉLEVÉ

Sols de chantier encombrés, boueux, câbles et gravats au sol

Glissade/trébuchement sur terrain accidenté, boueux, jonché de câbles, gravats ou réservations

G2 × F3 × M1MODÉRÉ

Tous postes 5 risques

Pression des délais, intempéries, précarité, coactivité

Stress chronique, épuisement, prise de risque sous pression de cadence, conflits liés à la coactivité

G3 × F3 × M1,5CRITIQUE

Travailleur isolé (poste éloigné, ouverture/fermeture, gardiennage)

Malaise ou accident sans témoin, impossibilité d'alerter les secours en zone isolée du chantier

G3 × F2 × M1,5ÉLEVÉ

Travail extérieur exposé (canicule, grand froid, UV)

Coup de chaleur, déshydratation, hypothermie, engelures, coups de soleil et risque cutané par exposition prolongée aux UV

G3 × F4 × M1,5CRITIQUE

Poussières de bois (menuiserie, coffrage, découpe)

Inhalation de poussières de bois classées cancérogènes (cancer naso-sinusien), irritation respiratoire

G3 × F3 × M1,5CRITIQUE

Éloignement et dispersion des chantiers vis-à-vis des secours

Retard de prise en charge d'un blessé faute de secouriste, de trousse ou de moyen d'alerte sur le chantier

G3 × F2 × M1,5ÉLEVÉ

Questions fréquentes — BTP / Construction

Une entreprise du BTP de 3 salariés doit-elle rédiger un DUERP ?

Oui, dès le premier salarié (Code du travail, art. L4121-3 et R4121-1). Dans le BTP, l'obligation s'ajoute à des règles spécifiques comme la coordination SPS dès que deux entreprises interviennent sur un même chantier.

Le DUERP remplace-t-il le PPSPS d'un chantier ?

Non. Le PPSPS (plan particulier de sécurité et de protection de la santé) est propre à un chantier soumis à coordination SPS ; le DUERP est le document permanent de l'entreprise, valable pour l'ensemble de son activité et mis à jour au fil des chantiers.

Comment le DUERP traite-t-il le risque amiante en rénovation ?

Le repérage amiante avant travaux (RAAT) est obligatoire avant toute intervention sur un bâti susceptible d'en contenir (art. R4412-97 du Code du travail). Le DUERP doit identifier les situations à risque amiante et renvoyer vers cette procédure, sans s'y substituer.

Un intérimaire du BTP est-il couvert par le DUERP de l'entreprise utilisatrice ?

L'entreprise qui accueille un intérimaire doit l'informer des risques du poste occupé, sur la base de son propre DUERP. C'est un point de vigilance fréquent sur les chantiers où la main-d'œuvre change rapidement d'une semaine à l'autre.

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