Le DUERP en BTP : un document qui doit tenir compte de la coactivité
Une entreprise du bâtiment n'évalue pas seulement ses propres risques : elle intervient presque toujours aux côtés d'autres entreprises sur un même chantier. Le Code du travail impose une coordination SPS obligatoire dès que deux entreprises interviennent sur un chantier (art. L4532-2), avec établissement d'un PGCSPS et de PPSPS par chantier. Le DUERP de l'entreprise, lui, reste le document permanent qui couvre l'ensemble de son activité — gros œuvre, second œuvre, travaux en hauteur — indépendamment du chantier du moment. Ces deux niveaux de documents ne se remplacent pas l'un l'autre.
Points de vigilance propres au secteur
Le BTP concentre une part importante des accidents du travail graves en France, ce qui justifie une évaluation détaillée par phase de travaux, selon l'INRS qui publie un dossier dédié au secteur (source : INRS, Bâtiment et travaux publics). Quatre points méritent une attention particulière dans le DUERP :
- Chutes de hauteur : planchers, toitures, échafaudages et PEMP restent la première cause d'accidents graves du secteur ; la protection collective (garde-corps, filets) doit primer sur le harnais individuel.
- Amiante en rénovation : le repérage amiante avant travaux (RAAT) est obligatoire avant toute intervention sur un bâti antérieur à 1997 susceptible d'en contenir (art. R4412-97) ; c'est un préalable au chantier, pas une case du DUERP.
- Silice cristalline et poussières de bois : classées agents cancérogènes (CMR), elles imposent un suivi individuel renforcé et une traçabilité de l'exposition (art. R4412-149 et suivants).
- Ensevelissement en tranchée : le blindage des fouilles de plus de 1,30 m est une obligation réglementaire (art. R4534-24), régulièrement absente des DUERP génériques du secteur.
Cas particuliers : intérimaires, sous-traitance et travail isolé
Le BTP recourt fréquemment à l'intérim et à la sous-traitance, ce qui change la façon dont le DUERP doit être utilisé au quotidien : une entreprise utilisatrice doit informer chaque intérimaire des risques du poste qu'il occupe, sur la base de son propre document. Le travail isolé (gardiennage, ouverture de chantier, intervention seule en fin de journée) constitue également un risque à part entière, à traiter au même titre que les risques physiques. Enfin, l'exposition aux intempéries (canicule, grand froid, vent fort en hauteur) doit figurer dans le document avec des seuils d'arrêt écrits, et non comme une simple consigne orale laissée à l'appréciation du chef d'équipe.
Une entreprise contrôlée, un document qui doit tenir
Le BTP figure parmi les secteurs les plus régulièrement contrôlés par l'inspection du travail, notamment lors des visites de chantier. Depuis le 27 juin 2026, l'absence de DUERP expose à une amende administrative pouvant atteindre 4 000 € par salarié concerné (8 000 € en cas de récidive dans les deux ans), prononcée par la DREETS sur la base de l'article L.8115-1 6° du Code du travail. Un document daté, cohérent avec l'activité réelle de l'entreprise et distinct des PPSPS de chantier, pèse directement dans la façon dont un contrôle se déroule.
Mettre en œuvre votre DUERP BTP
Un DUERP BTP utile distingue les unités de travail par nature d'activité (gros œuvre, second œuvre, travaux en hauteur, terrassement, engins, atelier) plutôt que par chantier, car les chantiers changent alors que les postes de travail restent globalement stables. Le générateur guidé, prérempli avec les risques du secteur bâtiment, permet de partir de cette base et de l'ajuster à votre activité réelle (gros œuvre, second œuvre, ou les deux). Les versions successives du document doivent être conservées pendant 40 ans (art. R4121-4) : gardez une trace de chaque mise à jour, même mineure, plutôt que d'écraser la version précédente.
Ce document reste un modèle à valider et personnaliser : l'employeur demeure seul responsable de l'exhaustivité de son évaluation. Pour l'obligation générale et les sanctions applicables depuis la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, consultez nos pages obligation du DUERP et amende DUERP 2026.
Les 40 risques pré-cotés de votre DUERP btp / construction
Voici les risques proposés dans le questionnaire, regroupés par unité de travail, avec leur cotation par défaut (gravité × fréquence × maîtrise). Vous les décochez ou les ajustez selon la réalité de votre entreprise.
Gros œuvre 7 risques
Travail en bordure de dalle, trémies, planchers non protégés
Chute depuis un plancher non protégé, dans une trémie non couverte, en bord de dalle lors du coulage ou du coffrage
Coffrages, étaiements, banches, murs en cours de montage
Renversement d'une banche non stabilisée par le vent, effondrement d'un étaiement sous-dimensionné, chute d'un mur non contreventé
Levage de charges (banches, prédalles, armatures) à la grue
Chute de charge par élingage défectueux, heurt d'un opérateur par charge en balancement, rupture d'accessoire de levage
Poussières de silice cristalline (sciage, meulage, perçage béton/pierre)
Inhalation de silice cristalline alvéolaire lors de la découpe de matériaux minéraux (silicose, cancer du poumon)
Port d'armatures, parpaings, sacs de ciment (25-35 kg)
Lombalgie, TMS par port de charges lourdes et postures contraignantes (armaturage à genoux, ferraillage)
Marteaux-piqueurs, aiguilles vibrantes, perforateurs
Syndrome vibratoire main-bras (troubles vasculaires, neurologiques) par usage prolongé d'outils vibrants
Béton et mortier frais (caractère basique/corrosif)
Brûlures chimiques cutanées et lésions oculaires par contact prolongé ou projection de béton/laitier de ciment
Second œuvre 7 risques
Matériaux amiantés en rénovation (flocages, dalles, colles, enduits, conduits)
Inhalation de fibres d'amiante lors d'interventions sur bâti antérieur à 1997 (sous-section 4) — mésothéliome, cancer
Échafaudages, PIRL, escabeaux (plâtrerie, peinture, électricité)
Chute depuis un échafaudage incomplet, un escabeau instable, une plateforme sans garde-corps
Travaux sur ou à proximité d'installations électriques
Électrisation/électrocution lors de raccordements, perçage sur câble encastré, contact avec conducteur nu
Peintures, colles, résines, solvants, mousses PU (COV)
Inhalation de COV, atteinte cutanée, sensibilisation (isocyanates), risque en milieu confiné
Postures contraignantes (bras en l'air, à genoux, accroupi)
TMS des épaules, genoux, poignets (pose de placo au plafond, carrelage à genoux, câblage en hauteur)
Outils portatifs (disqueuses, scies, cloueurs, meuleuses)
Coupure, projection de particules, éjection de disque, blessure par cloueur
Outils bruyants en espace clos (perforateurs, disqueuses, compresseurs)
Surdité professionnelle, acouphènes par exposition répétée à des niveaux > 85 dB(A) amplifiés par la réverbération
Travaux en hauteur 4 risques
Travail sur toiture, charpente, matériaux fragiles (plaques fibro, verrières)
Chute par le bord de toiture ou à travers une plaque de couverture fragile (fibrociment, plaque translucide)
Plateformes élévatrices mobiles de personnel (PEMP / nacelles)
Éjection de la nacelle, renversement de la PEMP sur sol instable, effet catapulte, écrasement contre obstacle
Chute d'outils ou de matériaux depuis les niveaux supérieurs
Personnel en contrebas heurté par un outil, un matériau ou un gravat tombant depuis un échafaudage ou une toiture
Intempéries en hauteur (vent, gel, pluie, canicule, foudre)
Perte d'équilibre par vent fort, sol glissant par gel/pluie, malaise en toiture par forte chaleur, foudroiement
Terrassement / VRD 5 risques
Fouilles et tranchées non blindées (profondeur > 1,30 m)
Ensevelissement par éboulement des parois d'une tranchée non blindée ou dont les terres sont stockées trop près du bord
Réseaux enterrés (électricité, gaz, eau, télécom)
Électrisation, explosion de gaz ou inondation par arrachement d'un réseau non repéré lors du terrassement
Coactivité piétons / engins de terrassement (pelle, tombereau, chargeuse)
Heurt ou écrasement d'un opérateur au sol par un engin en manœuvre ou en marche arrière (angles morts)
Renversement d'engin de terrassement en terrain instable ou pente
Retournement d'une pelle ou d'un tombereau en bord de fouille, sur sol détrempé ou en forte pente
Poussières minérales et gaz d'échappement en tranchée / espace confiné
Inhalation de poussières lors du terrassement à sec, accumulation de gaz d'échappement d'engins en fond de fouille
Engins & levage 4 risques
Conduite d'engins de chantier (grue mobile, chariot, chargeuse, mini-pelle)
Accident lié à une conduite par personnel non formé, sans autorisation de conduite ou avec un engin non contrôlé
Grue à tour — levage et interférences
Chute de charge, collision entre grues, survol de charge au-dessus de la voie publique ou du personnel, renversement par vent
Maintenance et réparation d'engins (organes en mouvement, énergies)
Écrasement sous un engin mal calé, happement par pièce en rotation, brûlure hydraulique, projection sous pression
Vibrations transmises au corps entier par la conduite d'engins
Lombalgies et troubles rachidiens par exposition prolongée aux vibrations du siège d'engin sur terrain accidenté
Atelier / Dépôt 4 risques
Machines d'atelier (scie, meuleuse d'établi, plieuse, poste à souder)
Coupure, happement, projection, brûlure lors de la préparation d'ouvrages en atelier
Stockage de produits inflammables et dangereux (solvants, carburants, gaz)
Incendie/explosion par stockage inadapté, incompatibilité de produits, mélange accidentel, fuite de gaz
Rangement et déstockage de matériaux et matériel lourd
Lombalgie par manutention, chute d'objets stockés en hauteur ou sur racks surchargés
Charge calorifique élevée (bois, solvants, emballages, poussières)
Départ de feu, propagation rapide, enfumage du local, difficulté d'évacuation
Circulation chantier & coactivité 4 risques
Coactivité de plusieurs entreprises sur un même chantier
Accident généré par une entreprise sur une autre (chute d'objet, interférence d'engins, travaux superposés) faute de coordination
Circulation des véhicules et livraisons sur et aux abords du chantier
Collision, heurt de piéton, renversement lors des manœuvres de camions et livraisons, débouché sur voie publique
Travaux sur ou en bordure de voie ouverte à la circulation
Personnel heurté par un véhicule tiers, intrusion d'un usager dans la zone de travaux, choc lors de la pose/dépose de signalisation
Sols de chantier encombrés, boueux, câbles et gravats au sol
Glissade/trébuchement sur terrain accidenté, boueux, jonché de câbles, gravats ou réservations
Tous postes 5 risques
Pression des délais, intempéries, précarité, coactivité
Stress chronique, épuisement, prise de risque sous pression de cadence, conflits liés à la coactivité
Travailleur isolé (poste éloigné, ouverture/fermeture, gardiennage)
Malaise ou accident sans témoin, impossibilité d'alerter les secours en zone isolée du chantier
Travail extérieur exposé (canicule, grand froid, UV)
Coup de chaleur, déshydratation, hypothermie, engelures, coups de soleil et risque cutané par exposition prolongée aux UV
Poussières de bois (menuiserie, coffrage, découpe)
Inhalation de poussières de bois classées cancérogènes (cancer naso-sinusien), irritation respiratoire
Éloignement et dispersion des chantiers vis-à-vis des secours
Retard de prise en charge d'un blessé faute de secouriste, de trousse ou de moyen d'alerte sur le chantier
Questions fréquentes — BTP / Construction
Une entreprise du BTP de 3 salariés doit-elle rédiger un DUERP ?
Oui, dès le premier salarié (Code du travail, art. L4121-3 et R4121-1). Dans le BTP, l'obligation s'ajoute à des règles spécifiques comme la coordination SPS dès que deux entreprises interviennent sur un même chantier.
Le DUERP remplace-t-il le PPSPS d'un chantier ?
Non. Le PPSPS (plan particulier de sécurité et de protection de la santé) est propre à un chantier soumis à coordination SPS ; le DUERP est le document permanent de l'entreprise, valable pour l'ensemble de son activité et mis à jour au fil des chantiers.
Comment le DUERP traite-t-il le risque amiante en rénovation ?
Le repérage amiante avant travaux (RAAT) est obligatoire avant toute intervention sur un bâti susceptible d'en contenir (art. R4412-97 du Code du travail). Le DUERP doit identifier les situations à risque amiante et renvoyer vers cette procédure, sans s'y substituer.
Un intérimaire du BTP est-il couvert par le DUERP de l'entreprise utilisatrice ?
L'entreprise qui accueille un intérimaire doit l'informer des risques du poste occupé, sur la base de son propre DUERP. C'est un point de vigilance fréquent sur les chantiers où la main-d'œuvre change rapidement d'une semaine à l'autre.