Le DUERP en bureau : des risques discrets mais réels
Les métiers de bureau donnent souvent l'impression d'un environnement peu dangereux, ce qui conduit certaines entreprises à négliger leur DUERP. C'est une erreur : selon l'INRS, le travail prolongé sur écran expose à des troubles musculo-squelettiques et à une fatigue visuelle bien documentés, et les risques psychosociaux (charge mentale, hyperconnexion) sont désormais reconnus comme des risques professionnels à part entière (source : INRS, Travail sur écran). Un DUERP bureau doit donc aller au-delà de la seule sécurité incendie ou électrique, qui reste elle aussi obligatoire.
Points de vigilance propres au secteur
- Poste de travail sur écran : posture, réglage du siège et de l'écran, pauses visuelles ; le Code du travail impose une évaluation spécifique de ces postes et un suivi de la vue adapté (art. R4542-1 et suivants).
- Charge mentale et RPS : surcharge, délais serrés, sollicitations permanentes figurent parmi les premiers facteurs d'arrêt de travail dans le tertiaire ; ils doivent être évalués au même titre qu'un risque physique, avec des indicateurs de suivi (absentéisme, entretiens).
- Télétravail : isolement social et poste domicile mal aménagé sont des risques propres au tertiaire, à intégrer dès lors que l'employeur autorise ou organise le télétravail régulier.
- Risque routier professionnel : trajets domicile-travail et déplacements de mission représentent, selon l'INRS, une cause majeure d'accidents du travail mortels, y compris dans les métiers de bureau où ce risque est souvent sous-estimé.
Cas particuliers : alternants, télétravail et open space
Un stagiaire ou un alternant occupant un poste écran doit bénéficier du même réglage de poste et des mêmes pauses recommandées qu'un salarié permanent : son statut ne réduit pas l'exposition au risque. Le télétravail pose une difficulté propre : l'employeur ne maîtrise pas l'aménagement du domicile, mais reste tenu d'évaluer le risque dès lors qu'il l'organise, par exemple via une charte ou un accord de télétravail. Enfin, le travail en open space concentre des risques spécifiques (bruit, interruptions, difficulté à s'isoler) qui méritent une ligne distincte du reste des postes de bureau, plutôt que d'être noyés dans une évaluation générale.
Un risque discret n'est pas un risque absent
Une entreprise de bureau sans DUERP à jour s'expose exactement aux mêmes sanctions qu'un atelier industriel : depuis le 27 juin 2026, l'absence du document peut donner lieu à une amende administrative allant jusqu'à 4 000 € par salarié (8 000 € en cas de récidive dans les deux ans), prononcée par la DREETS sur la base de l'article L.8115-1 6° du Code du travail. Le fait que les risques y soient moins visibles qu'en atelier — TMS liés à l'écran, RPS, risque routier des trajets professionnels — ne réduit ni l'obligation ni le montant de la sanction encourue.
Mettre en œuvre votre DUERP bureau
Un DUERP bureau utile distingue au minimum les unités de travail poste informatique, déplacements professionnels, accueil du public le cas échéant, et organisation du télétravail. Le générateur guidé, prérempli avec les risques du secteur tertiaire, permet de partir de cette base et de l'adapter à votre organisation réelle (open space, bureaux individuels, télétravail partiel). Conservez chaque version datée du document : la loi impose de garder les versions successives pendant 40 ans (art. R4121-4), y compris pour une entreprise de quelques salariés.
Ce document reste un modèle à valider et personnaliser : l'employeur demeure seul responsable de l'exactitude de son évaluation des risques. Pour l'obligation générale et le seuil de mise à jour annuelle à 11 salariés, consultez nos pages obligation du DUERP et mise à jour du DUERP.
Les 21 risques pré-cotés de votre DUERP bureau / tertiaire
Voici les risques proposés dans le questionnaire, regroupés par unité de travail, avec leur cotation par défaut (gravité × fréquence × maîtrise). Vous les décochez ou les ajustez selon la réalité de votre entreprise.
Poste de travail informatique 4 risques
Travail sur écran prolongé, poste non ajusté
Cervicalgies, dorsalgies, tendinites poignet/épaule par posture statique et mauvais réglage siège/écran/clavier
Sollicitation visuelle intense de l'écran, éblouissement, reflets
Fatigue oculaire, maux de tête, sécheresse et picotements des yeux, vision trouble en fin de journée
Position assise prolongée (> 7h/jour)
Troubles circulatoires, prise de poids, lombalgies, risque cardiovasculaire accru par immobilité prolongée
Câbles informatiques et électriques au sol, zones de passage encombrées
Trébuchement sur câbles, cartons ou tiroirs ouverts, chute lors des déplacements dans l'open space
Déplacements professionnels 3 risques
Déplacements en voiture pour rendez-vous, missions, trajets domicile-travail
Accident de la circulation, aggravé par fatigue, hâte, usage du téléphone ou conditions météo
Port de sacoche informatique, matériel de démonstration, bagages en mission
TMS épaule/dos par port asymétrique répété, effort de soulèvement de bagages
Rendez-vous extérieurs seul, missions en clientèle éloignée
Malaise ou accident sans témoin lors d'un déplacement, difficulté à alerter les secours
Ambiance de travail (thermique, éclairage, air) 4 risques
Climatisation mal réglée, chaleur estivale, courants d'air
Inconfort thermique, coup de chaleur en période de canicule, refroidissements et affections ORL liés à la climatisation
Éclairage insuffisant, non uniforme ou éblouissant
Fatigue visuelle, maux de tête, erreurs, inconfort lié aux contrastes lumineux et au papillotement
Air confiné, ventilation insuffisante, polluants intérieurs (COV mobilier, imprimantes)
Maux de tête, somnolence, irritations, propagation d'infections en locaux mal renouvelés
Nuisances sonores en open space (conversations, téléphones, équipements)
Fatigue, stress, baisse de concentration et d'efficacité liés au bruit ambiant et aux interruptions
Charge mentale et risques psychosociaux 4 risques
Surcharge de travail, délais serrés, sollicitations permanentes
Stress chronique, épuisement professionnel (burn-out), erreurs, absentéisme, troubles du sommeil
Hyperconnexion, sollicitations numériques hors temps de travail
Difficulté à déconnecter, empiètement sur la vie privée, fatigue mentale, brouillage des frontières vie pro/vie perso
Conflits internes, harcèlement moral ou sexuel, agissements sexistes
Souffrance psychique, dégradation du climat, isolement, atteinte à la santé mentale des salariés concernés
Télétravail : isolement social et poste inadapté au domicile
Sentiment d'isolement, perte de lien collectif, TMS liés à un poste domestique non ajusté
Accueil / Réception 2 risques
Contact avec le public, usagers mécontents ou agressifs
Agression verbale ou physique au comptoir d'accueil, incivilités, menaces
Station debout ou assise statique prolongée à l'accueil
Troubles circulatoires, lombalgies, fatigue posturale par immobilité au poste d'accueil
Locaux et équipements (électrique, incendie) 4 risques
Installations électriques, multiprises surchargées, matériel bureautique
Électrisation par prise ou câble défectueux, échauffement de multiprises en cascade, court-circuit
Départ de feu (matériel électrique, stockage papier), risque d'évacuation
Incendie de bureau, propagation via archives papier, panique et blocage lors de l'évacuation
Accès aux rayonnages hauts d'archives et de stockage
Chute en montant sur une chaise ou un moyen de fortune pour atteindre les dossiers en hauteur
Promiscuité en open space et espaces partagés
Transmission de virus saisonniers (grippe, gastro, Covid) au sein des équipes en espace partagé
Questions fréquentes — Bureau / Tertiaire
Une entreprise de bureau avec 3 salariés doit-elle rédiger un DUERP ?
Oui, l'obligation s'applique dès le premier salarié, y compris dans les métiers de bureau où le risque physique paraît faible (Code du travail, art. L4121-3 et R4121-1). Les risques dominants y sont les TMS, la fatigue visuelle et les risques psychosociaux.
Le télétravail doit-il figurer dans le DUERP ?
Oui, dans la mesure où l'employeur en a connaissance et l'organise. Le DUERP doit évaluer les risques liés au télétravail régulier (isolement, TMS liés à un poste domicile mal aménagé) même si l'employeur ne maîtrise pas directement l'environnement du domicile.
Comment le DUERP traite-t-il le droit à la déconnexion ?
Le droit à la déconnexion (art. L2242-17 du Code du travail) est un levier de prévention des risques psychosociaux liés à l'hyperconnexion. Le DUERP peut s'appuyer sur une charte d'usage de la messagerie pour formaliser les mesures prises.
Les stagiaires et alternants sont-ils couverts par le DUERP de bureau ?
Oui, toute personne présente dans les locaux dans le cadre d'un contrat de travail, d'un stage ou d'une alternance est concernée par l'évaluation des risques du poste qu'elle occupe, y compris pour l'aménagement du poste écran.