Dans ce guide
Le sauveteur secouriste du travail (SST) est un salarié formé aux premiers secours en entreprise. La loi impose dans tous les cas du matériel de premiers secours adapté (article R4224-14 du Code du travail), et un salarié formé au secourisme dans certains ateliers ou chantiers dangereux (R4224-15). La formation initiale dure 14 heures, avec un recyclage tous les 24 mois.
Ce que le Code du travail impose vraiment
Deux obligations distinctes coexistent dans le Code du travail, et elles sont souvent confondues avec les autres registres de sécurité de l'entreprise, comme le registre des accidents bénins.
L'article R4224-14 impose à tous les employeurs, quel que soit l'effectif ou le secteur, un matériel de premiers secours adapté à la nature des risques de l'entreprise et facilement accessible. Cette obligation ne dépend pas de la taille de l'entreprise ni de la présence d'un secouriste formé.
L'article R4224-15 va plus loin dans deux situations précises : un membre du personnel doit recevoir la formation de secouriste nécessaire pour donner les premiers secours en cas d'urgence dans chaque atelier où sont accomplis des travaux dangereux, et sur chaque chantier employant au moins vingt travailleurs pendant plus de quinze jours où sont accomplis des travaux dangereux. Le même article précise que les salariés ainsi formés ne peuvent pas remplacer les infirmiers.
En dehors de ces deux cas, la loi n'impose pas de désigner un SST : c'est une mesure de prévention fortement recommandée, pas une obligation générale.
L'article R4224-16 complète ce dispositif : en l'absence d'infirmiers, ou lorsque leur nombre ne permet pas une présence permanente, l'employeur doit prendre, après avis du médecin du travail, les mesures nécessaires pour assurer les premiers secours aux accidentés et aux malades, en lien avec les services de secours d'urgence extérieurs. Ces mesures doivent être consignées par écrit dans un document tenu à la disposition de l'inspection du travail. Pour la quasi-totalité des TPE et PME, qui n'ont pas d'infirmier salarié, c'est cet article qui s'applique concrètement : il justifie de formaliser, même sommairement, l'organisation des secours de l'entreprise.
Qu'est-ce qu'un travail dangereux au sens de ce texte ?
Le Code du travail ne fournit pas de liste fermée des « travaux dangereux » qui déclenchent l'obligation de l'article R4224-15. L'appréciation se fait au regard des risques identifiés dans l'entreprise : travail en hauteur, utilisation de machines dangereuses, manipulation de produits chimiques, travail au contact d'équipements électriques, exposition à des risques de chute ou d'écrasement.
C'est précisément le rôle du document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) de faire apparaître ces situations, unité de travail par unité de travail, et de justifier ainsi la nécessité ou non d'un secouriste formé sur un poste donné.
Un restaurant qui utilise des machines de découpe et des plaques de cuisson chaudes, un garage qui manipule des outils électroportatifs et des produits inflammables, ou un chantier de rénovation avec travail en hauteur, présentent typiquement ce type de travaux dangereux. Un bureau sans manipulation d'équipement dangereux, à l'inverse, ne déclenche généralement pas l'obligation de l'article R4224-15, même s'il reste soumis à l'obligation générale de matériel de premiers secours de l'article R4224-14.
D'autres métiers se posent la question sans toujours trouver de réponse évidente. Un salon de coiffure ou un institut de beauté manipule des produits chimiques (colorants, produits capillaires, solvants) et des appareils chauffants : un secouriste formé y est utile, même si l'obligation stricte de l'article R4224-15 dépend de l'analyse des risques propres au salon, détaillée dans le DUERP coiffure et esthétique. Une entreprise de nettoyage manipule des produits d'entretien parfois corrosifs et travaille souvent seule ou en horaires décalés, ce qui renforce l'intérêt d'un secouriste par équipe, voir le DUERP nettoyage. Une aide à domicile, isolée chez un particulier, n'entre pas dans le champ d'un « atelier » ou d'un « chantier » au sens strict de l'article R4224-15, mais l'organisation des secours reste un sujet à traiter dans le document unique, notamment en cas de malaise du salarié ou de la personne aidée.
La formation SST : durée et contenu
Le dispositif de formation SST est piloté par l'INRS et le réseau Assurance Maladie - Risques professionnels, qui habilitent les organismes de formation.
- Formation initiale : 14 heures, réparties en général sur deux jours consécutifs ou rapprochés.
- Recyclage (maintien et actualisation des compétences, MAC SST) : 7 heures, à suivre tous les 24 mois pour conserver la validité du certificat.
- Contenu : protection, examen de la victime, alerte, gestes de premiers secours (hémorragie, brûlure, malaise, arrêt cardiaque, utilisation d'un défibrillateur), et volet prévention : le SST est aussi formé à repérer des situations dangereuses dans son environnement de travail.
À l'issue de la formation initiale, le salarié reçoit un certificat SST, dont la validité est liée au suivi régulier des recyclages. Un certificat non renouvelé dans les délais ne rend pas le salarié inapte à porter secours dans l'urgence, mais ses compétences ne sont plus considérées comme à jour, ce qui peut poser une difficulté si l'entreprise s'appuie sur ce salarié pour répondre à l'obligation de l'article R4224-15.
Ces durées relèvent du dispositif de formation de l'INRS, pas d'un article du Code du travail : elles peuvent évoluer avec les référentiels successifs, contrairement aux obligations légales des articles R4224-14 à R4224-16. La formation SST fait partie des formations sécurité obligatoires ou recommandées à suivre selon les risques du poste.
Le SST est-il un diplôme ?
Non, le SST n'est pas un diplôme : selon l'INRS, un certificat est délivré au salarié par le réseau Assurance Maladie - Risques professionnels et l'INRS à l'issue de la formation initiale. Ce certificat atteste d'une compétence à un instant donné, valable tant que les recyclages sont suivis dans les délais, et non d'un titre professionnel ou d'un diplôme d'État.
La méthode du SST face à une victime
La formation SST enseigne une conduite à tenir en plusieurs temps face à une situation d'urgence : protéger la zone pour éviter un suraccident, examiner la victime pour détecter les signes qui menacent sa vie, faire alerter ou alerter les secours d'urgence en leur donnant les informations utiles, puis secourir la victime avec les gestes appris (position latérale de sécurité, compression d'une hémorragie, réanimation cardio-pulmonaire, usage d'un défibrillateur) en attendant l'arrivée des secours extérieurs. Cette méthode se double d'un volet prévention : le SST apprend aussi à repérer, dans son poste de travail, des situations susceptibles de provoquer un accident, et à en informer l'employeur.
SST ou PSC1 : quelle différence pour l'employeur ?
Le PSC1 (prévention et secours civiques de niveau 1) est une formation citoyenne aux gestes de premiers secours, ouverte à tous, sans lien direct avec le Code du travail. Le SST, lui, est spécifiquement conçu pour le milieu professionnel : il inclut les gestes de premiers secours et un volet de prévention des risques propre au poste de travail du salarié formé, ce qui en fait la formation de référence pour répondre aux obligations des articles R4224-15 et R4224-16. Un salarié titulaire du seul PSC1 peut porter secours, mais ne répond pas nécessairement à l'exigence de formation « de secouriste » attendue dans les ateliers et chantiers visés par l'article R4224-15.
Combien de secouristes former dans une TPE ou une PME ?
Le Code du travail ne fixe pas de nombre minimal de SST en dehors des deux cas prévus par l'article R4224-15. En pratique, la recommandation habituelle est de former au moins un secouriste par équipe, par poste ou par site occupé, afin qu'un SST soit présent à chaque plage horaire travaillée, y compris en cas d'absence, de congés ou de travail posté.
Cette organisation reste une bonne pratique de prévention, pas un chiffre imposé par la loi : chaque entreprise l'adapte à la taille de ses équipes, à ses horaires et aux risques identifiés dans son document unique. Sur un chantier de BTP, la question se pose dès l'embauche du premier salarié : voir le DUERP BTP pour les risques propres à ce secteur.
Organiser les secours dans l'entreprise
Au-delà de la formation individuelle, l'employeur doit organiser les secours de façon cohérente :
- Afficher les consignes : numéros d'urgence, adresse de l'entreprise, nom des SST présents, emplacement de la trousse de secours.
- Vérifier régulièrement le contenu et la date de péremption du matériel de premiers secours.
- Prévoir la continuité : un SST absent ou en congés ne doit pas laisser un poste ou une équipe sans solution de premiers secours.
- Informer le service de prévention et de santé au travail des risques particuliers de l'entreprise, pour adapter le contenu de la trousse de secours si nécessaire.
Dès l'arrivée du premier salarié, l'organisation des secours fait partie des points à examiner : voir ce qui change dès le premier salarié en matière de santé et de sécurité.
Ce que cela change dans votre DUERP
Le repérage des postes exposés à des travaux dangereux et la présence ou non d'un SST doivent apparaître dans le document unique, unité de travail par unité de travail. La formation d'un secouriste est une mesure de prévention à part entière, au même titre qu'un équipement de protection ou une procédure.
| Unité de travail | Danger identifié | Mesure existante | Action à prévoir |
|---|---|---|---|
| Atelier de découpe (menuiserie) | Coupure grave, machine dangereuse | Aucun salarié formé au secourisme | Former un SST parmi les salariés de l'atelier |
| Accueil clientèle (commerce) | Malaise client ou salarié | Trousse de premiers secours à l'accueil | Vérifier le contenu et la péremption tous les six mois |
Exemple fictif, à adapter à la situation réelle de chaque entreprise.
Les erreurs fréquentes sur les secouristes du travail
- Confondre matériel de premiers secours et présence obligatoire d'un SST : le premier est toujours obligatoire, le second seulement dans les cas prévus par l'article R4224-15.
- Ne pas prévoir de remplaçant en cas d'absence du seul SST de l'entreprise.
- Laisser le certificat SST expirer sans organiser le recyclage de 7 heures dans les 24 mois.
- Penser qu'un SST remplace le service de prévention et de santé au travail ou un professionnel de santé : ce n'est pas son rôle.
- Confondre PSC1 et SST : le PSC1 est une formation citoyenne généraliste, le SST est la formation adaptée au monde du travail et à ses risques spécifiques.
- Ne jamais réévaluer les postes à risque : un poste sans travaux dangereux à l'origine peut le devenir après un changement de machine, de produit ou d'organisation, ce qui doit être revu dans le DUERP.
Préparer votre DUERP pas à pas
Mon Document Unique propose un questionnaire guidé par métier qui fait apparaître les risques et mesures habituels de votre activité, y compris l'organisation des secours, à vérifier et adapter à votre entreprise. Vous pouvez ajouter vos propres risques et consulter un aperçu avant de payer. Le diagnostic gratuit en 9 questions donne un premier état des lieux, et les pages par métier détaillent les risques les plus fréquents par secteur.
Ce contenu est une information générale et ne constitue pas un conseil juridique ; l'employeur reste responsable de l'organisation des secours et de l'évaluation des risques de son entreprise.
Questions fréquentes
Une entreprise de 5 salariés doit-elle avoir un SST ?
Ce n'est une obligation légale que si l'entreprise comporte un atelier où sont accomplis des travaux dangereux, ou un chantier de plus de vingt travailleurs pendant plus de quinze jours avec des travaux dangereux (article R4224-15 du Code du travail). En dehors de ces cas, disposer d'un salarié formé reste une mesure de prévention recommandée, en particulier si le DUERP identifie des risques d'accident grave.
Combien de temps dure la formation SST ?
La formation initiale dure 14 heures, généralement réparties sur deux jours, selon le dispositif de formation de l'INRS et du réseau Assurance Maladie - Risques professionnels. Un recyclage (maintien et actualisation des compétences, MAC SST) de 7 heures doit ensuite être suivi tous les 24 mois pour rester à jour.
Un salarié SST peut-il remplacer l'infirmerie ou le service de santé au travail ?
Non. L'article R4224-15 du Code du travail précise explicitement que les salariés formés au secourisme ne peuvent pas remplacer les infirmiers. Le SST intervient en urgence, avant l'arrivée des secours extérieurs ; il ne se substitue ni à un professionnel de santé ni au service de prévention et de santé au travail.
Le matériel de premiers secours est-il obligatoire même sans SST désigné ?
Oui. L'article R4224-14 du Code du travail impose dans tous les cas un matériel de premiers secours adapté à la nature des risques de l'entreprise et facilement accessible, indépendamment de l'obligation de former un secouriste, qui ne s'applique que dans les situations prévues par l'article R4224-15.