Registre des accidents du travail bénins : quand peut-on l'utiliser

Mis à jour le 10 octobre 2026 · 6 min de lecture

Dans ce guide

Le registre des accidents du travail bénins permet à l'employeur, sous conditions, de ne pas déclarer individuellement à la CPAM les accidents qui n'entraînent ni arrêt de travail ni soins médicaux pris en charge par l'Assurance Maladie. Il ne dispense pas de toute traçabilité : l'accident doit être inscrit dans les 48 heures (article D441-1 du Code de la sécurité sociale).

Qu'est-ce qu'un accident bénin au sens de ce registre ?

Un accident bénin, au sens de ce dispositif, est un accident du travail qui ne nécessite ni arrêt de travail ni soins médicaux donnant lieu à une prise en charge par les organismes de sécurité sociale. Une petite coupure soignée sur place avec la trousse de premiers secours, sans consultation médicale ni interruption du travail, en est un exemple typique, tout comme une contusion légère ou une petite brûlure superficielle qui ne nécessite qu'un pansement. Dès que des soins médicaux extérieurs sont nécessaires ou qu'un arrêt de travail est prescrit, l'accident sort du champ du registre et doit suivre la procédure normale de déclaration à la CPAM. Ce registre est distinct du registre de sécurité, qui rassemble les vérifications et contrôles de l'entreprise, et de celui tenu par un sauveteur secouriste du travail.

Quelles entreprises peuvent tenir ce registre ?

L'article D441-1 du Code de la sécurité sociale réserve la possibilité de tenir ce registre aux entreprises qui remplissent, cumulativement, trois conditions :

  1. la présence permanente, dans l'entreprise, d'un médecin, d'un pharmacien, d'un infirmier diplômé d'État, ou d'une personne chargée d'une mission d'hygiène et de sécurité titulaire du diplôme national de secouriste complété du diplôme de sauveteur secouriste du travail délivré par l'INRS ou les caisses d'assurance retraite et de la santé au travail ;
  2. l'existence d'un poste de secours d'urgence dans l'entreprise ;
  3. la mise en place d'un comité social et économique (CSE).

Pour une petite entreprise sans CSE ou sans présence permanente d'une personne qualifiée en secourisme, ces conditions ne sont généralement pas réunies : tous les accidents, même mineurs, doivent alors suivre la procédure classique de déclaration à la CPAM dans les délais habituels.

Le registre des accidents bénins est-il obligatoire ?

Non, ce n'est jamais une obligation : c'est une faculté ouverte à l'employeur qui remplit les trois conditions de l'article D441-1. L'entreprise qui y renonce, même si elle remplit les conditions, reste libre de déclarer chaque accident sans arrêt ni soins selon la procédure classique auprès de la CPAM. Le registre est un allègement administratif pour les entreprises équipées d'une organisation de secours structurée, pas une obligation supplémentaire à ajouter à la liste des documents de sécurité.

Le registre d'infirmerie n'est pas le registre des accidents bénins

Un registre d'infirmerie, tenu par le personnel de santé au travail pour consigner les passages et les soins prodigués sur place, n'est pas juridiquement le même document que le registre des accidents bénins du Code de la sécurité sociale, même si les deux peuvent se recouper dans une entreprise dotée d'une infirmerie. Le registre d'infirmerie relève de l'organisation interne du service de santé et de son secret professionnel ; le registre des accidents bénins répond, lui, à des conditions et un contenu précisément fixés par les articles D441-1 à D441-3, en lien avec la déclaration à la CPAM.

Une entreprise qui remplit ces conditions à un moment donné peut cesser de les remplir : le départ de la seule personne qualifiée en secourisme, sans remplacement, ou la disparition du poste de secours d'urgence, fait perdre le bénéfice du registre. Il est donc utile de vérifier régulièrement que les trois conditions restent réunies, en particulier dans une petite structure où une seule personne concentre souvent cette compétence.

Plus d'autorisation préalable de la CARSAT

Depuis le 1er mai 2021, l'employeur qui remplit les trois conditions de l'article D441-1 peut tenir le registre sans demander d'autorisation préalable à sa caisse (CARSAT, CRAMIF en Île-de-France ou CGSS dans les DOM). Avant cette date, une autorisation était nécessaire au préalable. Le registre reste néanmoins tenu à la disposition des agents de contrôle de la caisse, de l'inspection du travail et du CSE, qui peuvent le consulter à tout moment.

Cette suppression de l'autorisation préalable ne change rien aux trois conditions de fond : elle allège seulement la démarche administrative de mise en place, pas les exigences qui permettent d'y recourir. Une entreprise qui ne remplissait pas les conditions avant 2021 ne les remplit pas davantage aujourd'hui du seul fait de la suppression de cette formalité.

Ce que l'on inscrit, et dans quel délai

Chaque accident bénin doit être inscrit dans le registre dans les 48 heures suivant sa survenance, dimanches et jours fériés non compris. L'inscription mentionne la date, le lieu et les circonstances de l'accident, ainsi que la nature et le siège des lésions. La victime et la personne ayant donné les premiers soins visent l'inscription, ce qui permet de garder une trace fiable et datée de l'événement.

Ce délai de 48 heures, dimanches et jours fériés non compris, court à partir du moment où l'accident survient, pas à partir du moment où l'employeur en a connaissance. Dans une petite entreprise, où l'information circule vite, ce délai ne pose généralement pas de difficulté ; il devient plus sensible dans une organisation avec plusieurs sites ou équipes, où l'information doit remonter rapidement jusqu'à la personne chargée de tenir le registre pour ne pas dépasser ce délai.

Que faire si l'état du salarié s'aggrave après coup ?

Un accident bénin inscrit au registre n'est pas définitivement clos : si, dans les suites de l'accident, le salarié doit finalement consulter un médecin ou se voir prescrire un arrêt de travail, l'employeur doit alors procéder à la déclaration classique de l'accident du travail auprès de la CPAM, dans le délai habituel de 48 heures à compter de la connaissance de l'accident. L'inscription au registre ne remplace pas cette déclaration lorsque les conditions de gravité changent.

C'est pour cette raison que la description des circonstances et des lésions au moment de l'inscription initiale doit rester précise, même pour un événement qui paraît mineur sur le moment : ces éléments serviront de point de départ si une déclaration classique devient nécessaire par la suite, et permettent d'établir un lien cohérent entre l'accident initial et son éventuelle aggravation.

Ce que cela change dans votre DUERP

Même bénins, ces accidents sont une source d'information précieuse pour le DUERP : leur répétition sur un même poste ou une même tâche peut révéler un risque mal maîtrisé, qui justifie une mise à jour du document.

Unité de travail Constat du registre Risque révélé Action à prévoir
Atelier de découpe Trois coupures bénignes en six mois sur le même poste Risque de coupure sous-évalué Revoir le protocole d'utilisation de l'outil, renforcer les EPI
Cuisine de restaurant Brûlures bénignes récurrentes Organisation du poste de cuisson Revoir l'agencement du poste, rappeler les consignes

Exemple fictif, à adapter à la situation réelle de chaque entreprise. Voir aussi les accidents du travail en chiffres et la mise à jour du DUERP que ce type de constat peut déclencher.

Les erreurs fréquentes avec le registre des accidents bénins

  • Tenir le registre sans remplir les trois conditions légales, ce qui l'invalide en cas de contrôle.
  • Oublier de déclarer à la CPAM un accident qui s'aggrave après avoir été inscrit comme bénin.
  • Ne pas inscrire l'accident dans les 48 heures, ce qui fragilise la traçabilité de l'événement.
  • Négliger le lien avec le DUERP : les accidents bénins répétés sur un même poste doivent alimenter la mise à jour de l'évaluation des risques, pas seulement rester une formalité administrative.
  • Confondre le registre d'infirmerie avec le registre des accidents bénins : le premier relève de l'organisation interne des soins, le second obéit à des conditions légales précises et remplace, sous condition, une déclaration à la CPAM.

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Ce contenu est une information générale et ne constitue pas un conseil juridique ; l'employeur reste responsable de la tenue de son registre et de la déclaration de ses accidents du travail.

Questions fréquentes

Toutes les entreprises peuvent-elles tenir un registre des accidents bénins ?

Non. L'article D441-1 du Code de la sécurité sociale réserve cette possibilité aux entreprises qui réunissent trois conditions : la présence permanente d'un médecin, d'un pharmacien, d'un infirmier diplômé d'État, ou d'une personne titulaire du diplôme national de secouriste complété du diplôme de sauveteur secouriste du travail ; l'existence d'un poste de secours d'urgence ; et la mise en place d'un comité social et économique (CSE).

Faut-il encore demander une autorisation à la CARSAT pour tenir ce registre ?

Non, plus depuis le 1er mai 2021. L'employeur qui remplit les conditions de l'article D441-1 du Code de la sécurité sociale peut tenir le registre sans autorisation préalable de sa caisse (CARSAT, CRAMIF ou CGSS selon la région), l'ancienne procédure d'autorisation ayant été supprimée.

Un accident inscrit au registre doit-il quand même être déclaré à la CPAM plus tard ?

Oui, si son état s'aggrave. Si, dans les suites d'un accident bénin inscrit au registre, le salarié doit finalement recevoir des soins médicaux ou arrêter le travail, l'employeur doit alors procéder à la déclaration classique de l'accident du travail auprès de la caisse primaire d'assurance maladie, dans les délais habituels.

Que doit contenir chaque inscription au registre ?

Selon l'article D441-3 du Code de la sécurité sociale, chaque accident doit être inscrit dans les 48 heures (dimanches et jours fériés non compris), avec la date, le lieu et les circonstances de l'accident, ainsi que la nature et le siège des lésions. La victime et la personne qui a donné les premiers soins doivent viser l'inscription.

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