Le DUERP en propreté : un poste qui se déplace de site en site
Une entreprise de nettoyage envoie ses agents sur des sites clients différents, avec des risques qui dépendent autant de l'activité de propreté elle-même que du site visité. L'INRS, qui consacre un dossier aux métiers de la propreté, structure l'évaluation par type de tâche (sols, produits chimiques, hauteur, machines) plutôt que par adresse (source : INRS, Métiers de la propreté). C'est cette approche qui permet à un DUERP nettoyage de rester à jour malgré la rotation fréquente des sites et des horaires.
Points de vigilance propres au secteur
- Co-activité chez le client : un plan de prévention écrit est obligatoire dès 400 heures d'intervention par an ou en cas de travaux dangereux (art. R4512-6 et suivants), avec transmission à l'agent des risques propres au site qu'il ne connaît pas nécessairement.
- Mélanges chimiques accidentels : le mélange de javel et de détartrant acide dégage du chlore gazeux ; ce risque, propre à la manipulation quotidienne de produits d'entretien concentrés, doit être prévenu par un affichage explicite et des contenants toujours étiquetés.
- Travail en hauteur : nettoyage de vitres sur escabeau, en nacelle ou en accès sur corde expose à des chutes graves ; la conduite de nacelle est soumise au CACES R486 et l'accès sur corde à une certification CQP cordiste.
- Travail isolé et horaires décalés : intervention seul, tôt le matin ou tard le soir, dans des locaux vides, cumule le risque de malaise sans témoin et un risque accru d'agression en horaires décalés.
Cas particuliers : multi-sites, temps partiel et sous-traitance
La plupart des agents de propreté travaillent sur plusieurs sites dans la même journée ou la même semaine : le DUERP doit donc raisonner par famille de situations (bureaux, sanitaires, parkings, industrie) plutôt que par client, avec une fiche de risques par type de site transmise à chaque nouvelle affectation. Le temps partiel très fréquent dans le secteur ne réduit pas l'exposition aux risques ; un agent présent deux heures par jour doit recevoir la même information sécurité qu'un salarié à temps plein. Enfin, lorsque l'entreprise sous-traite une partie de son activité à d'autres sociétés de propreté, le plan de prévention et l'information sur les risques du site doivent être transmis à chaque intervenant, quel que soit son employeur direct.
Une main-d'œuvre dispersée, une obligation unique
Une entreprise de propreté qui emploie des agents sur des dizaines de sites reste soumise à une seule obligation de DUERP, au niveau de l'entreprise elle-même, et non un document par site. Depuis le 27 juin 2026, son absence expose à une amende administrative pouvant atteindre 4 000 € par salarié concerné (8 000 € en récidive dans les deux ans), prononcée par la DREETS sur la base de l'article L.8115-1 6° du Code du travail — un risque financier réel pour des entreprises dont la marge par contrat est souvent faible.
Mettre en œuvre votre DUERP nettoyage
Un DUERP nettoyage utile distingue au minimum les unités de travail sites clients, produits chimiques, TMS et manutention, travail en hauteur, et travail isolé/horaires décalés. Le générateur guidé, prérempli avec les risques du secteur de la propreté, permet de partir de cette base et de l'ajuster à votre activité (nettoyage de bureaux, industriel, vitrerie). Gardez une trace de chaque version, y compris les anciennes : la loi impose de conserver les versions successives du document pendant 40 ans (art. R4121-4).
Le document produit reste une base à relire et à corriger au regard de votre organisation réelle (nombre de sites, types d'intervention) : la responsabilité finale de son contenu appartient à l'entreprise de propreté, pas à l'outil qui l'a préremplis. Pour l'obligation générale et la fréquence de mise à jour, consultez nos pages obligation du DUERP et mise à jour du DUERP.
Les 26 risques pré-cotés de votre DUERP propreté / nettoyage
Voici les risques proposés dans le questionnaire, regroupés par unité de travail, avec leur cotation par défaut (gravité × fréquence × maîtrise). Vous les décochez ou les ajustez selon la réalité de votre entreprise.
Sites clients (locaux tertiaires / industriels) 4 risques
Sols mouillés ou fraîchement lavés, câbles, obstacles au sol
Glissade sur sol humide pendant le lessivage, trébuchement sur câble d'aspirateur ou obstacle en circulation dans des locaux mal connus
Déplacements dans parkings, quais, zones de circulation d'engins
Collision avec un véhicule ou un chariot élévateur lors du nettoyage de parkings ou d'entrepôts, co-activité non maîtrisée
Prises, rallonges, matériel électrique en contact avec l'eau
Électrisation par branchement d'une autolaveuse sur installation défectueuse, contact eau/électricité, rallonge endommagée
Intervention dans les locaux d'une entreprise utilisatrice (co-activité)
Exposition aux risques propres du site client (chimique, machines, circulation) non communiqués à l'agent
Produits chimiques (dilutions, mélanges) 4 risques
Détergents, dégraissants, détartrants, décapants concentrés
Brûlure chimique cutanée ou oculaire par projection, contact prolongé lors de la manipulation de produits concentrés avant dilution
Mélange accidentel javel + détartrant acide (dégagement de chlore)
Inhalation de vapeurs toxiques (chlore, chloramines) suite au mélange de deux produits incompatibles dans un même seau ou une même cuvette
Vapeurs et aérosols en espace mal ventilé (sanitaires, sous-sols)
Irritation respiratoire, céphalées, malaise lors du nettoyage prolongé dans des locaux confinés sans aération
Stockage et transport des produits sur chariot / dans véhicule
Renversement, fuite, contact avec des denrées ou du matériel, réaction en cas de rangement de produits incompatibles côte à côte
TMS, postures & manutention 3 risques
Gestes répétitifs (essuyage, lavage vitres, balayage) et postures contraignantes
Tendinites épaule/coude/poignet, lombalgies par postures penchées, bras au-dessus des épaules, torsions du tronc répétées
Port de seaux, bidons, sacs poubelle, déplacement de mobilier
Lombalgie et TMS par port de charges lourdes (seaux d'eau, bidons 5-20 L), déplacement de tables/chaises, montée d'escaliers avec matériel
Station debout et marche prolongées, cadences imposées
Fatigue musculaire, troubles circulatoires des membres inférieurs, douleurs dorsales par piétinement sur de grandes surfaces
Travail en hauteur (vitres, nacelle) 3 risques
Escabeaux, échelles, marchepieds pour vitrage et zones hautes
Chute depuis un escabeau instable, une échelle mal calée ou un moyen de fortune (chaise) lors du nettoyage de vitres, luminaires, dessus d'armoires
Nacelle élévatrice (PEMP), plateforme, travail en façade
Chute de hauteur ou renversement de nacelle lors du nettoyage de façades ou de grandes hauteurs, absence de harnais ou de CACES
Nettoyage de vitres/façades en accès sur cordes (travaux acrobatiques)
Chute mortelle par défaillance d'un point d'ancrage, d'une corde ou d'un système d'assurage lors du nettoyage de grande hauteur
Travail isolé & horaires décalés 3 risques
Intervention seul(e), tôt le matin ou tard le soir, dans des locaux vides
Malaise, chute ou accident sans témoin ni possibilité d'alerter les secours, aggravation faute de prise en charge rapide
Horaires fractionnés, très matinaux (5h) ou nocturnes (> 21h)
Fatigue chronique, troubles du sommeil, désynchronisation, baisse de vigilance et hausse du risque accidentel et routier
Intervention en zones isolées, parkings, immeubles peu fréquentés
Agression, vol ou intrusion lors du travail seul en horaires décalés dans des lieux mal éclairés ou non sécurisés
Machines (autolaveuses, monobrosses) 3 risques
Monobrosse, autolaveuse, aspirateur à eau : pièces en mouvement
Happement d'un vêtement ou de cheveux, projection, retour brutal de la monobrosse (couple de réaction), écrasement d'un pied par l'autolaveuse
Alimentation secteur des machines, batteries de traction (acide, recharge)
Électrisation par câble ou machine défectueuse, projection d'acide et dégagement d'hydrogène lors de la recharge des batteries d'autolaveuses
Bruit et vibrations des autolaveuses, monobrosses, aspirateurs industriels
Fatigue auditive et exposition sonore prolongée, vibrations transmises aux mains lors de l'usage prolongé d'engins de nettoyage
Biologique (sanitaires, déchets) 3 risques
Nettoyage des sanitaires : germes, matières fécales, urine
Contamination par contact ou projection lors du nettoyage des toilettes, exposition à des agents infectieux (gastro-entérites, hépatite A)
Collecte des déchets, poubelles, objets tranchants ou souillés
Piqûre ou coupure (accident d'exposition au sang) par une seringue, un verre ou un objet tranchant caché dans un sac poubelle, notamment en milieu de soin ou public
Aérosols d'eau, moisissures, poussières lors du nettoyage de zones humides ou dégradées
Inhalation de légionelles (nettoyage haute pression, tours aéroréfrigérantes), de spores de moisissures ou de poussières organiques dans des locaux dégradés
Tous postes 3 risques
Isolement, faible reconnaissance, cadences et surfaces imposées
Stress chronique, sentiment d'invisibilité, épuisement, tensions avec le client ou l'encadrement à distance
Déplacements entre plusieurs sites clients dans la journée
Accident de la route lors des trajets inter-sites, aggravé par la fatigue, les horaires décalés et la pression de tournée
Insuffisance ou mauvais usage des EPI, hygiène individuelle
Exposition accrue (chimique, biologique, coupure) faute d'EPI adaptés, disponibles ou portés, absence de point d'eau pour l'hygiène
Questions fréquentes — Propreté / Nettoyage
Une entreprise de nettoyage avec des agents sur plusieurs sites doit-elle avoir un DUERP ?
Oui, dès le premier salarié (Code du travail, art. L4121-3 et R4121-1). Le DUERP évalue les risques par type de tâche et de site, pas site par site individuellement, ce qui serait impossible à tenir à jour.
Le DUERP doit-il couvrir les risques propres au site du client ?
Oui. Dès que la co-activité dépasse 400 heures par an ou concerne des travaux dangereux, un plan de prévention écrit est obligatoire avec l'entreprise cliente (art. R4512-6 et suivants), et les risques identifiés doivent être transmis à l'agent de propreté.
Les agents en horaires très matinaux ou nocturnes sont-ils un point spécifique du DUERP ?
Oui. Le travail très tôt le matin ou tard le soir, fréquent dans la propreté, favorise la fatigue chronique et le risque routier, et impose un suivi médical renforcé pour les travailleurs de nuit (art. R4624-17).
Le travail en hauteur (vitres, nacelle) nécessite-t-il une évaluation distincte ?
Oui. Le nettoyage de vitres en hauteur, en nacelle ou en accès sur corde, expose à un risque de chute grave très différent du nettoyage de locaux au sol, et doit constituer une unité de travail à part avec ses propres qualifications requises (CACES, CQP cordiste).