Dans ce guide
Le Code du travail fixe trois seuils d'exposition au bruit qui déclenchent des obligations croissantes pour l'employeur : 80 décibels (mise à disposition de protections), 85 décibels (usage obligatoire des protections, surveillance médicale adaptée, avec examens audiométriques) et 87 décibels, valeur limite à ne jamais dépasser compte tenu de l'atténuation des protecteurs (article R4431-2 du Code du travail).
Les trois seuils fixés par le Code du travail
L'article R4431-2 du Code du travail distingue trois niveaux d'exposition quotidienne au bruit, exprimés sur une durée de référence de huit heures, chacun déclenchant des obligations différentes.
| Seuil | Exposition sur 8 heures / crête | Ce qu'il déclenche |
|---|---|---|
| Valeur d'exposition inférieure (VAI) | 80 dB(A) / 135 dB(C) | Mise à disposition de protecteurs auditifs, information et formation, examen audiométrique sur demande |
| Valeur d'exposition supérieure (VAS) | 85 dB(A) / 137 dB(C) | Usage effectif obligatoire des protecteurs, signalisation des zones, suivi médical adapté avec examens audiométriques |
| Valeur limite d'exposition (VLE) | 87 dB(A) / 140 dB(C) | Seuil à ne jamais dépasser, compte tenu de l'atténuation des protecteurs portés |
Des valeurs équivalentes sont fixées pour le bruit de crête (bruit impulsionnel très bref, comme un choc ou une détonation), à 135, 137 et 140 décibels C selon le même schéma de trois seuils. Ce second indicateur compte, car un environnement peu bruyant en moyenne peut malgré tout exposer les salariés à des pics ponctuels dangereux pour l'audition, par exemple lors d'un choc métallique ou d'une décharge d'air comprimé, sans que la moyenne sur huit heures ne le révèle.
Ces seuils s'appliquent sur une durée de référence de huit heures, mais un salarié peut être exposé à un niveau élevé pendant une partie seulement de sa journée : l'exposition réelle se calcule alors en tenant compte de la durée effective, pas seulement du niveau instantané mesuré à un instant donné.
Comment mesurer l'exposition au bruit ?
L'évaluation commence par une observation des postes de travail : machines bruyantes, outils, environnement sonore général (ventilation, autres postes à proximité), et durée d'exposition réelle sur la journée. Pour les activités où le bruit paraît proche des seuils réglementaires, un mesurage par sonomètre, réalisé par un professionnel ou un organisme spécialisé, permet de confirmer le niveau d'exposition et d'orienter les mesures à mettre en place.
Cette mesure doit tenir compte de la variabilité réelle de l'activité : un atelier peut être bruyant seulement une partie de la journée, ce qui change le niveau d'exposition moyenne sur huit heures, sans pour autant réduire l'inconfort ou le risque lors des pics les plus intenses.
Pour une petite entreprise sans expertise interne en acoustique, il n'est pas nécessaire de multiplier les mesures sophistiquées : un repère pratique consiste à évaluer si deux personnes distantes d'un mètre doivent élever la voix pour se comprendre, ce qui correspond déjà à un niveau sonore proche des seuils d'action. Ce repère grossier ne remplace pas un mesurage précis lorsque l'activité s'en approche réellement, mais il permet un premier tri utile entre les postes clairement concernés et ceux qui ne le sont manifestement pas.
Quelles mesures selon chaque seuil ?
En dessous de 80 décibels, aucune obligation spécifique ne s'impose au titre de ce chapitre, mais l'employeur reste tenu de son obligation générale d'évaluation des risques. Entre 80 et 85 décibels, il doit mettre des protecteurs auditifs à disposition des salariés, les informer sur les risques du bruit et leur proposer un examen audiométrique préventif à leur demande ou à celle du médecin du travail. Entre 85 et 87 décibels, le port des protecteurs devient obligatoire et l'employeur doit s'assurer de leur usage effectif, signaler les zones concernées, en limiter l'accès lorsque c'est possible, et le médecin du travail exerce une surveillance médicale adaptée, avec examens audiométriques. Au-delà de 87 décibels compte tenu de l'atténuation des protections, l'exposition doit être ramenée sous ce seuil sans délai.
Cette gradation évite deux excès : imposer des protections auditives à un poste faiblement exposé, ce qui nuit inutilement à la communication entre collègues et à la perception des signaux d'alerte, ou au contraire laisser un salarié exposé à un niveau élevé sans protection réelle. L'objectif reste d'ajuster la réponse à l'exposition mesurée, poste par poste, plutôt que d'appliquer une règle uniforme à toute l'entreprise.
Le bruit en bureau ou open space : un sujet différent
Un bureau ou un open space dépasse rarement les seuils réglementaires de 80 décibels décrits plus haut, conçus pour le bruit industriel. Le bruit y pose pourtant un problème réel : conversations croisées, sonneries de téléphone, notifications, qui nuisent à la concentration et à la qualité de vie au travail sans relever de la même logique de seuil chiffré.
Ce type de nuisance relève de l'obligation générale de prévention de l'employeur, qui doit tenir compte de l'ambiance sonore dans l'organisation des espaces de travail : zones dédiées aux appels téléphoniques, matériaux absorbants dans les espaces partagés, ou simples règles de vie collective sur le volume des échanges. Un salarié qui se plaint d'une gêne sonore persistante, même en dessous des seuils réglementaires, mérite une réponse dans l'organisation du poste plutôt qu'un renvoi au seul respect des seuils légaux, qui ne s'appliquent pas à ce type d'ambiance.
Méthode en pratique pour évaluer le bruit dans une TPE
Évaluer l'exposition au bruit ne demande pas systématiquement un mesurage professionnel : une première approche simple permet de trier les postes réellement concernés.
- Repérer les postes où une machine, un outil ou une activité génère un bruit continu ou répété sur une bonne partie de la journée.
- Appliquer le repère pratique de la conversation à un mètre : si élever la voix devient nécessaire pour se comprendre, le poste approche probablement des seuils d'action.
- Pour les postes identifiés comme proches des seuils, faire réaliser un mesurage sonométrique par un professionnel afin de confirmer le niveau exact et la durée d'exposition.
- Sur la base du résultat, définir les mesures adaptées au seuil atteint : mise à disposition de protections, usage obligatoire, ou réduction du bruit à la source.
- Consigner l'évaluation dans le DUERP par unité de travail, et la revoir après tout changement de machine ou de matériau susceptible de modifier le niveau sonore.
Cette démarche peut être conduite en une demi-journée pour le repérage initial, le mesurage sonométrique éventuel demandant ensuite l'intervention d'un professionnel selon sa disponibilité.
Mesures de prévention à privilégier
Comme pour les autres risques, la réduction du bruit à la source prime sur le seul port de protections individuelles.
- choix des équipements : privilégier, à l'achat, des machines ou outils moins bruyants ;
- aménagement des locaux : matériaux absorbants, séparation des zones bruyantes des autres postes ;
- organisation du travail : limiter la durée d'exposition continue, alterner les tâches bruyantes avec des tâches plus calmes ;
- entretien du matériel : un équipement mal entretenu génère souvent plus de bruit qu'un équipement en bon état ;
- protection individuelle : bouchons ou casques adaptés au niveau de bruit et à la morphologie du salarié, en dernier recours.
Le choix entre bouchons moulés, bouchons jetables et casques dépend à la fois du niveau de bruit à atténuer et du confort sur la durée du poste : un équipement inconfortable est souvent retiré par le salarié avant la fin de son utilisation prévue, ce qui annule sa protection. Il est donc préférable d'associer les salariés concernés au choix du modèle, plutôt que d'imposer un équipement unique à toute l'équipe sans tenir compte des retours d'usage.
Les erreurs fréquentes sur le bruit au travail
- Se fier à une impression subjective du bruit plutôt qu'à un mesurage lorsque l'activité approche manifestement des seuils réglementaires.
- Fournir des protections auditives sans vérifier qu'elles atténuent suffisamment le bruit réellement rencontré au poste, en particulier pour les bruits très aigus ou très graves.
- Considérer que le bruit n'est un problème que pour les postes de production, en oubliant les nuisances sonores cumulées d'un plateau ouvert ou d'une salle de restaurant en pleine affluence.
- Ne pas revoir l'évaluation après l'acquisition d'une nouvelle machine, alors que son niveau sonore peut différer sensiblement de l'équipement remplacé.
Ce que cela change dans votre DUERP
Chaque unité de travail exposée au bruit doit préciser le niveau approximatif ou mesuré, la durée d'exposition et le seuil réglementaire concerné.
| Unité de travail | Danger identifié | Situation d'exposition | Mesures existantes / à prévoir |
|---|---|---|---|
| Atelier de menuiserie, poste de découpe | Bruit au travail (proche de la VAS) | Utilisation quotidienne d'une scie, plusieurs heures par jour | Casques antibruit fournis ; programmer un mesurage sonométrique pour confirmer le niveau exact |
| Entretien d'espaces verts, poste débroussailleuse | Bruit au travail (proche de la VAS) | Utilisation quotidienne d'outils thermiques en extérieur | Protections auditives fournies ; formaliser la rotation avec des tâches plus calmes |
Exemples par métier
- Menuiserie : machines de découpe et de ponçage, voir le DUERP pour la menuiserie.
- Paysagisme : tondeuses, débroussailleuses et souffleurs thermiques, voir le DUERP pour le paysagisme.
- Cuisine professionnelle : hottes, équipements de préparation et affluence en service, avec un cumul possible sur la durée du service.
Préparer votre DUERP pas à pas
Mon Document Unique propose un questionnaire guidé par métier qui suggère les situations d'exposition au bruit courantes de l'activité et des mesures à vérifier, dont les équipements de protection individuelle lorsqu'ils sont nécessaires ; leur suivi rejoint les vérifications périodiques obligatoires. Il est possible d'ajouter ses propres risques et de consulter un aperçu avant tout paiement.
Ce contenu est une information générale et ne constitue pas un conseil juridique ; l'employeur reste responsable de l'évaluation des risques de son entreprise.
Questions fréquentes
À partir de quel niveau de bruit l'employeur doit-il agir ?
L'article R4431-2 du Code du travail fixe une valeur d'exposition inférieure déclenchant l'action à 80 décibels sur huit heures : au-delà, l'employeur doit notamment mettre des protecteurs auditifs à disposition. Une valeur supérieure, fixée à 85 décibels, impose des obligations renforcées, dont l'usage effectif de ces protecteurs.
Quelle est la valeur limite d'exposition au bruit à ne jamais dépasser ?
La valeur limite d'exposition, fixée à 87 décibels sur huit heures par l'article R4431-2 du Code du travail, ne doit en aucun cas être dépassée compte tenu de l'atténuation apportée par les protecteurs auditifs individuels portés par le salarié. Si un dépassement est constaté, l'employeur doit agir immédiatement pour réduire l'exposition.
Le port de protections auditives est-il obligatoire ?
Le port devient obligatoire, et l'employeur doit s'assurer de son usage effectif, dès que l'exposition atteint ou dépasse la valeur d'exposition supérieure de 85 décibels sur huit heures (article R4434-7 du Code du travail). En dessous de ce seuil mais au-delà de 80 décibels, les protecteurs doivent être mis à disposition, sans que leur port soit systématiquement imposé.
Un salarié exposé au bruit bénéficie-t-il d'un suivi médical particulier ?
Oui. Au-delà de la valeur d'exposition inférieure de 80 décibels, le salarié bénéficie, à sa demande ou à celle du médecin du travail, d'un examen audiométrique préventif. Au-delà de la valeur supérieure de 85 décibels, le médecin du travail exerce une surveillance médicale adaptée, avec examens audiométriques (article R4435-2 du Code du travail).