Dans ce guide
Les troubles musculosquelettiques (TMS) touchent le dos, les épaules, les coudes, les poignets ou les genoux et représentent 88 % des maladies professionnelles reconnues en 2024 selon l'Assurance Maladie. Ils résultent de la combinaison de contraintes physiques, organisationnelles et psychosociales, ce qui impose de les évaluer dans le DUERP au même titre que les autres risques de l'entreprise, en croisant plusieurs facteurs plutôt qu'un seul geste isolé.
Qu'est-ce qu'un trouble musculosquelettique ?
Un TMS est une atteinte des muscles, des tendons, des nerfs ou des articulations, qui se manifeste par des douleurs, une raideur, des picotements ou une perte de force. Les localisations les plus fréquentes sont le rachis (lombalgies, cervicalgies), l'épaule, le coude (épicondylite), le poignet et la main (syndrome du canal carpien) et le genou. Contrairement à un accident du travail, le TMS s'installe progressivement, souvent après des mois ou des années d'exposition répétée aux mêmes contraintes.
Cette progressivité rend le TMS plus difficile à repérer qu'un accident : la douleur peut d'abord n'apparaître qu'en fin de journée ou après un effort inhabituel, avant de devenir plus fréquente puis permanente si rien ne change dans l'organisation du poste. C'est cette évolution lente qui justifie une évaluation régulière plutôt qu'un simple constat ponctuel au moment de la rédaction initiale du document unique.
Quels signes doivent alerter l'employeur ?
Plusieurs signes, pris isolément ou combinés, doivent conduire à revoir l'exposition d'un poste avant qu'un TMS ne soit reconnu comme maladie professionnelle : une douleur qui n'apparaît qu'en fin de journée puis persiste au repos, une raideur matinale à une articulation sollicitée au travail, des picotements ou un engourdissement dans les doigts après des gestes répétitifs, une perte de force ressentie pour tenir un objet ou lever un bras. Un salarié qui change spontanément sa façon de faire un geste, ou qui évite une posture qu'il tenait sans difficulté auparavant, envoie souvent le même signal.
Ces signes ne remplacent pas un avis médical, mais leur remontée rapide au dirigeant ou à l'encadrant de proximité permet d'agir sur le poste avant l'aggravation. Un échange simple lors d'un point d'équipe ou d'un entretien professionnel suffit souvent à les identifier, sans attendre une visite médicale ou un arrêt de travail.
Quels sont les facteurs à l'origine des TMS ?
Les TMS résultent le plus souvent de la combinaison de trois familles de facteurs, rarement d'une seule cause isolée.
- Facteurs biomécaniques : gestes répétitifs, postures contraignantes (bras au-dessus des épaules, torsion du tronc), port de charges, efforts excessifs, vibrations transmises aux mains.
- Facteurs organisationnels : cadences élevées, manque de temps de récupération, polyvalence mal préparée, variation imprévisible de la charge de travail.
- Facteurs psychosociaux : stress, faible marge de manœuvre dans l'organisation de son travail, manque de reconnaissance ou de soutien de l'encadrement et des collègues.
Quel est le poids des TMS parmi les maladies professionnelles ?
Les TMS constituent, de loin, la première cause de maladie professionnelle reconnue en France. Selon l'Assurance Maladie, ils représentaient 88 % des maladies professionnelles reconnues en 2024, un chiffre confirmé par l'INRS, qui évoque une part supérieure à 80 % de façon constante depuis plusieurs années. Ce poids se retrouve dans des secteurs très variés : commerce, restauration, BTP, aide à domicile, coiffure, industrie ou logistique, chaque métier présentant ses propres gestes à risque.
Au-delà de l'impact sur la santé des salariés, les TMS pèsent sur l'organisation de l'entreprise : arrêts de travail répétés, difficultés à remplacer un salarié absent sur un poste technique, restrictions d'aptitude imposées par le médecin du travail qui obligent parfois à réaménager un poste dans l'urgence. Une entreprise qui n'a jamais eu de TMS reconnu n'est pas nécessairement épargnée : les premiers signes (douleurs occasionnelles, gêne en fin de journée) précèdent souvent de plusieurs mois ou années la déclaration d'une maladie professionnelle, ce qui laisse une marge d'action pour prévenir plutôt que réparer.
Comment évaluer le risque de TMS dans le DUERP ?
L'évaluation part de l'observation des situations de travail réelles, par unité de travail : gestes répétés, postures contraignantes, port de charges, cadences et durée d'exposition à ces contraintes au cours de la journée. Elle prend aussi en compte les marges de manœuvre laissées aux salariés et la variabilité de la charge de travail, deux éléments qui aggravent ou atténuent le risque biomécanique.
Cette observation se traduit par une cotation du risque, selon la méthode retenue par l'entreprise (gravité, fréquence, maîtrise), puis par des mesures de prévention hiérarchisées : agir en priorité sur l'organisation et les équipements avant de se limiter à des consignes de posture individuelles, conformément au principe général de prévention qui privilégie la suppression ou la réduction du risque à la source (article L4121-2 du Code du travail).
Ce que cela change dans votre DUERP
Chaque unité de travail exposée à des gestes répétitifs, des postures contraignantes ou du port de charges doit faire apparaître le risque de TMS, avec les mesures déjà en place et celles restant à programmer.
| Unité de travail | Danger identifié | Situation d'exposition | Mesures existantes / à prévoir |
|---|---|---|---|
| Salon de coiffure, poste bac et coupe | TMS (épaule, poignet, dos) | Gestes répétitifs, bras levés, station debout prolongée | Sièges réglables en hauteur en place ; pauses courtes régulières à formaliser |
| Caisse d'un commerce de détail | TMS (poignet, épaule, dos) | Scan et encaissement répétitifs, torsion du tronc, 5 salariés en rotation | Hauteur de caisse réglée ; rotation caisse/rayon à formaliser sur la journée |
Exemples de mesures par métier
- Coiffure et esthétique : sièges et bacs à hauteur réglable, alternance des tâches, pauses courtes régulières.
- BTP : aides à la manutention (diables, palans), organisation des livraisons pour limiter le port manuel, rotation sur les postes les plus exposés.
- Bureau : réglage du poste (écran, siège, souris), pauses visuelles et posturales, alternance assis-debout lorsque c'est possible.
- Aide à domicile : formation aux techniques de transfert des personnes, utilisation du matériel d'aide disponible chez le bénéficiaire, signalement des situations à risque au responsable.
- Restauration : port répété de plateaux et de plats chauds, station debout prolongée en cuisine ou en salle, gestes de découpe répétitifs ; alternance des postes, matériel de manutention pour les stocks lourds (voir le DUERP pour le restaurant).
- Commerce et caisse : gestes répétitifs de scan et d'encaissement, torsion du tronc pour atteindre les articles en rayon ; réglage de la hauteur de caisse, rotation entre poste de caisse et mise en rayon.
Méthode en pratique pour une TPE de 3 à 20 salariés
Repérer et évaluer les TMS ne demande pas d'outil complexe : une méthode simple, tenue par le dirigeant ou un salarié désigné, suffit dans la plupart des petites structures.
- Observer chaque poste sur une durée représentative de l'activité (une demi-journée type suffit souvent) et noter les gestes répétés, les postures contraignantes et les temps de récupération réels entre deux tâches.
- Recueillir le ressenti des salariés qui occupent le poste : ce sont eux qui identifient le mieux les gestes les plus pénibles et les contournements adoptés faute d'équipement adapté.
- Croiser cette observation avec les facteurs organisationnels (cadences, polyvalence, pics d'activité) et, si possible, un échange sur le climat de travail et le soutien perçu.
- Coter le risque par unité de travail selon la méthode retenue pour l'ensemble du document unique, puis lister les mesures déjà en place et celles à programmer, avec un responsable et une échéance pour chacune.
- Mettre à jour le DUERP dès qu'un changement de poste, de matériel ou de cadence modifie l'exposition, sans attendre l'échéance annuelle éventuelle.
Cette démarche peut être menée en une à deux journées de travail cumulées pour une entreprise de 3 à 20 salariés, réparties entre l'observation des postes, les échanges avec les salariés concernés et la formalisation dans le document unique.
Mesures de prévention à privilégier
La prévention des TMS suit une logique de priorité, de la mesure la plus efficace à la plus ponctuelle : d'abord supprimer ou réduire la contrainte à la source (aménagement du poste, aide mécanique, réorganisation des tâches), puis limiter la durée d'exposition (rotation, pauses), et seulement en complément agir sur les équipements individuels et la formation aux gestes. D'autres exemples de mesures, transposables à de nombreux métiers, sont détaillés dans les exemples de mesures de prévention du site.
Associer les salariés à cette démarche améliore nettement sa pertinence : ce sont eux qui connaissent le mieux les gestes réellement effectués, les contournements adoptés faute d'équipement adapté, et les moments de la journée où la contrainte est la plus forte. Un échange régulier avec le CSE ou, en son absence, directement avec les salariés concernés, permet d'ajuster les mesures avant qu'elles ne soient formalisées dans le document unique.
Les erreurs fréquentes dans la prévention des TMS
Un changement de poste, de matériel, de cadence ou d'organisation modifie directement l'exposition aux TMS et doit conduire à revoir l'évaluation correspondante dans le DUERP, sans attendre l'échéance annuelle éventuelle. C'est le cas, par exemple, de l'arrivée d'un nouvel équipement (caisse, machine, logiciel de saisie), d'une réorganisation des tournées pour l'aide à domicile, ou d'une hausse durable des cadences en période de forte activité. Un accident ou une restriction d'aptitude prononcée par le médecin du travail sur un poste donné constitue également un signal à prendre en compte pour l'ensemble du poste, pas seulement pour le salarié concerné.
- Se limiter à une formation aux « bons gestes et postures » sans agir sur l'organisation du travail ou les équipements, alors que cette formation seule ne suffit pas à réduire durablement le risque.
- Ne considérer que le port de charges lourdes, en oubliant les gestes répétitifs de faible intensité mais très fréquents (caisse, saisie, coiffure).
- Ignorer la dimension psychosociale (cadence imposée, manque de marge de manœuvre), qui aggrave pourtant le risque de TMS à contrainte physique égale.
- Ne pas actualiser le DUERP après un changement de poste, de matériel ou de cadence, alors que ce changement modifie directement l'exposition aux TMS.
Préparer votre DUERP pas à pas
Le questionnaire guidé par métier de Mon Document Unique propose les situations à risque de TMS propres à chaque activité et les mesures à vérifier et adapter. Il est possible d'ajouter ses propres constats et de consulter un aperçu avant tout paiement, avec des documents livrés aux formats PDF, Word et Excel modifiables, comme le montrent les exemples de mesures de prévention pour l'aide à domicile.
Ce contenu est une information générale et ne constitue pas un conseil juridique ; l'employeur reste responsable de l'évaluation des risques de son entreprise.
Questions fréquentes
Un mal de dos au travail est-il forcément un TMS ?
Pas systématiquement, mais une grande partie des lombalgies liées au travail sont classées parmi les troubles musculosquelettiques lorsqu'elles résultent de contraintes répétées (port de charges, postures, vibrations). Un mal de dos isolé, sans lien avec l'activité professionnelle, n'entre pas dans ce cadre. C'est le médecin du travail ou le médecin traitant qui établit ce lien lors d'une déclaration.
Quelle part des maladies professionnelles les TMS représentent-ils ?
Selon l'Assurance Maladie, les TMS représentaient 88 % des maladies professionnelles reconnues en 2024, ce qui en fait la première cause de maladie professionnelle en France, loin devant les autres catégories comme les pathologies liées à l'amiante ou aux risques chimiques.
Le port de charges est-il la seule cause des TMS ?
Non. Le port de charges et les gestes répétitifs sont des facteurs biomécaniques importants, mais les TMS résultent aussi de facteurs organisationnels (cadences, manque de temps de récupération) et psychosociaux (stress, faible soutien au travail). Une prévention efficace agit sur ces trois dimensions, pas seulement sur le geste.
Faut-il une méthode particulière pour évaluer les TMS dans le DUERP ?
Il n'existe pas de méthode légale imposée : l'employeur observe les situations de travail réelles, unité par unité, et cote le risque selon la méthode retenue pour l'ensemble du document unique (gravité, fréquence, maîtrise). L'important est de croiser les facteurs biomécaniques, organisationnels et psychosociaux plutôt que de ne regarder que le port de charges.
Quels sont les premiers signes d'un TMS à surveiller au travail ?
Une douleur qui n'apparaît d'abord qu'en fin de journée, une raideur matinale, des picotements dans les doigts après des gestes répétitifs ou une perte de force pour tenir un objet sont des signaux précoces. Leur remontée rapide à l'encadrant permet d'agir sur le poste avant l'aggravation, sans attendre un avis médical ou un arrêt de travail.