Chute de plain-pied et chute de hauteur : ce que doit prévoir l'employeur

Mis à jour le 3 octobre 2026 · 7 min de lecture

Dans ce guide

Les chutes, de plain-pied ou de hauteur, sont la deuxième cause d'accident du travail avec au moins quatre jours d'arrêt selon l'INRS, et environ 150 000 accidents liés à une chute sont pris en charge chaque année par l'Assurance Maladie. La chute de plain-pied résulte d'un sol glissant ou encombré, sans dénivelé ; la chute de hauteur implique un dénivelé et des règles spécifiques, notamment sur l'usage des échelles.

Chute de plain-pied et chute de hauteur : quelle différence ?

La chute de plain-pied se produit au même niveau que la surface de circulation : glissade sur un sol mouillé ou gras, trébuchement sur un câble ou un obstacle, faux pas dans un escalier sans dénivelé marqué. Elle est souvent perçue comme un risque mineur, alors qu'elle génère fréquemment des entorses, des fractures ou des traumatismes crâniens.

La chute de hauteur implique un dénivelé : chute d'une échelle, d'un toit, d'un quai de chargement, d'une mezzanine ou d'un véhicule. Ses conséquences sont en général plus graves, ce qui justifie un encadrement réglementaire plus strict, en particulier pour le travail temporaire en hauteur.

Cette distinction n'est pas qu'une question de vocabulaire : elle conditionne les mesures de prévention à mettre en œuvre. Une chute de plain-pied se prévient d'abord par l'état des sols, le rangement et l'éclairage, quand une chute de hauteur appelle en priorité une protection collective (garde-corps, plateforme) avant tout équipement individuel comme le harnais. Confondre les deux conduit souvent à sous-estimer le risque de plain-pied, pourtant statistiquement plus fréquent.

Quel est le poids des chutes dans les accidents du travail ?

Selon l'INRS, les chutes de plain-pied constituent la deuxième cause d'accident du travail avec au moins quatre jours d'arrêt, avec plus de 100 000 chutes de plain-pied recensées chaque année. L'Assurance Maladie précise, de son côté, qu'environ 150 000 accidents du travail liés à une chute, de plain-pied ou de hauteur, sont pris en charge chaque année, tous secteurs confondus. Ces accidents touchent aussi bien les bureaux et commerces que la restauration, le nettoyage ou le BTP. Leur gravité est souvent sous-estimée : une chute de plain-pied peut entraîner une entorse, une fracture du poignet en tentant de se rattraper, ou un traumatisme crânien en cas de chute en arrière, avec des arrêts de travail qui se prolongent parfois plusieurs semaines.

Le rapport annuel 2024 de l'Assurance Maladie - Risques professionnels confirme ce poids parmi les causes d'accidents du travail codées : les chutes de plain-pied représentent 15 % des accidents du travail dont la cause est codée, et les chutes de hauteur 12 %, juste derrière la manutention manuelle qui reste la première cause. Ensemble, ces deux types de chute dépassent donc, à eux seuls, le quart des accidents du travail reconnus chaque année.

Prévenir les chutes de plain-pied

La prévention des chutes de plain-pied repose sur quatre leviers principaux, à combiner selon les situations de travail observées dans l'entreprise :

  • l'état des sols : traitement antidérapant, nettoyage rapide des liquides renversés, réparation des revêtements dégradés ;
  • le rangement et la circulation : dégagement des allées, fixation ou suppression des câbles au sol, limitation des zones d'encombrement temporaire ;
  • l'éclairage : niveau suffisant dans les zones de passage, escaliers et réserves, y compris en horaires de faible fréquentation ;
  • les équipements individuels : chaussures antidérapantes adaptées au sol rencontré, en particulier en cuisine, en nettoyage ou en extérieur.

Chute de hauteur : que prévoit le Code du travail ?

Les travaux temporaires en hauteur font l'objet de dispositions particulières du Code du travail (articles R4323-58 à R4323-90). Le principe général est la priorité donnée aux équipements assurant une protection collective (garde-corps, plateforme de travail) sur les protections individuelles, elles-mêmes prioritaires sur l'usage d'une échelle.

L'article R4323-63 du Code du travail est explicite : il est interdit d'utiliser les échelles, escabeaux et marchepieds comme poste de travail. Une exception existe uniquement en cas d'impossibilité technique de recourir à une protection collective, ou lorsque l'évaluation des risques établit un risque faible et qu'il s'agit de travaux de courte durée, sans caractère répétitif. En dehors de ces cas, l'échelle ne doit servir qu'à l'accès, pas à l'exécution du travail lui-même.

Avant de recourir à une échelle même dans ces cas exceptionnels, l'employeur doit avoir examiné les solutions de protection collective disponibles : échafaudage, plateforme individuelle roulante, nacelle élévatrice. Le choix de l'équipement dépend de la hauteur, de la durée des travaux, de la fréquence des interventions et de la configuration des lieux. Ce raisonnement, mené une fois pour un poste donné, doit être reconduit à chaque changement significatif des conditions de travail en hauteur.

Méthode en pratique pour évaluer le risque de chute dans une TPE

Dans une petite structure, évaluer le risque de chute ne demande pas d'expertise particulière : une visite des locaux avec un regard neuf suffit à repérer la majorité des situations à risque.

  1. Parcourir chaque zone de circulation (accès, couloirs, escaliers, réserve, parking) en notant l'état du sol, l'encombrement et l'éclairage, de préférence aux heures où l'activité est la plus dense.
  2. Recenser les zones où un dénivelé existe (quai de chargement, mezzanine, toiture accessible) et vérifier comment elles sont actuellement atteintes ou entretenues.
  3. Interroger les salariés sur les situations qu'ils jugent à risque au quotidien : un sol qui glisse après le nettoyage, un câble mal fixé, une échelle utilisée faute d'autre solution.
  4. Prioriser les mesures selon la fréquence de passage et la gravité potentielle : une allée de circulation quotidienne prime sur un accès occasionnel à un local technique.
  5. Consigner chaque situation dans le DUERP, unité de travail par unité de travail, avec la mesure déjà en place et celle restant à programmer, et revoir l'évaluation après tout changement de sol, d'accès ou de rangement.

Cette visite peut être menée en une demi-journée pour la plupart des TPE, et gagne à être renouvelée après chaque aménagement des locaux.

Ce que cela change dans votre DUERP

Chaque unité de travail où existe un risque de chute doit distinguer, si nécessaire, le risque de plain-pied du risque de hauteur, avec les situations concrètes observées (sol, dénivelé, fréquence d'accès).

Unité de travail Danger identifié Situation d'exposition Mesures existantes / à prévoir
Cuisine de restaurant Chute de plain-pied (sol gras, encombrement) Zone de plonge et de cuisson, passages fréquents en service Tapis antidérapants en place ; renforcer le protocole de nettoyage immédiat des sols en service
Atelier de garage automobile Chute de plain-pied (sol taché d'huile) et de hauteur (fosse, pont élévateur) 4 salariés, accès quotidien à la fosse et au pont Absorbant à disposition en place ; garde-corps de fosse à vérifier et consigner

Exemples de mesures par secteur

  • Restauration : sols antidérapants en cuisine, chaussures fermées et adaptées, protocole de nettoyage immédiat en cas de renversement, voir le DUERP pour la restauration.
  • BTP : garde-corps sur les zones en hauteur, interdiction d'usage de l'échelle comme poste de travail, plan de circulation sur chantier, voir le DUERP pour le BTP.
  • Commerce et bureau : dégagement des allées, câbles fixés au sol, remplacement rapide d'un revêtement dégradé signalé par le personnel.
  • Nettoyage : signalisation temporaire des sols mouillés, chaussures antidérapantes fournies, organisation du travail pour éviter le croisement avec les zones en cours de nettoyage.

Formation et information des salariés

Au-delà des équipements, la prévention des chutes passe par l'information des salariés sur les zones à risque identifiées et sur la conduite à tenir en cas d'obstacle temporaire (signalisation, remontée d'information). Pour les travaux en hauteur, une formation spécifique à l'utilisation des équipements de travail concernés (échafaudage, plateforme, harnais) est nécessaire avant toute première utilisation, et doit être renouvelée si le matériel change ou si le salarié change de poste.

Un point de vigilance particulier concerne les nouveaux arrivants et les intérimaires, plus exposés au risque de chute faute de connaissance des lieux : accueil sécurité systématique, visite des zones à risque avant la première intervention, et vérification que les équipements de protection nécessaires sont bien portés dès le premier jour.

Les erreurs fréquentes dans la prévention des chutes

  • Considérer la chute de plain-pied comme un risque mineur qui ne mérite pas de ligne dédiée dans le DUERP, alors qu'elle reste l'une des toutes premières causes d'accident du travail.
  • Continuer à utiliser une échelle comme poste de travail habituel, par exemple pour du rangement répété en hauteur, en dehors des exceptions strictes de l'article R4323-63.
  • Ne traiter le risque de chute que par des consignes orales, sans agir sur l'état des sols, l'éclairage ou le rangement, qui sont les causes les plus fréquentes.
  • Oublier de recenser les zones extérieures (parking, accès, quais) où les conditions météorologiques (pluie, gel) augmentent le risque de chute de plain-pied.
  • Ne pas revoir l'évaluation après un déménagement, un changement de revêtement de sol ou l'ajout d'un nouvel accès en hauteur, alors que ces changements modifient directement l'exposition au risque de chute.

Préparer votre DUERP pas à pas

Le questionnaire guidé par métier de Mon Document Unique propose les risques de chute propres à chaque activité et les mesures à vérifier et adapter à la configuration réelle des locaux. Il est possible d'ajouter ses propres constats et de consulter un aperçu avant tout paiement, avec des données chiffrées disponibles sur les accidents du travail et des exemples de mesures transposables sur la page dédiée.

Ce contenu est une information générale et ne constitue pas un conseil juridique ; l'employeur reste responsable de l'évaluation des risques de son entreprise.

Questions fréquentes

Quelle différence entre une chute de plain-pied et une chute de hauteur ?

Une chute de plain-pied survient au même niveau que la surface de circulation (glissade, trébuchement), sans dénivelé. Une chute de hauteur implique un dénivelé, avec ou sans perte de contact avec l'équipement (échelle, toiture, quai de chargement). Les deux sont des accidents du travail à part entière, la chute de hauteur étant en général plus grave.

Peut-on utiliser une échelle comme poste de travail ?

Non, en principe. L'article R4323-63 du Code du travail interdit d'utiliser les échelles, escabeaux et marchepieds comme poste de travail. Une exception existe en cas d'impossibilité technique de recourir à une protection collective, ou pour des travaux de courte durée, sans caractère répétitif, après évaluation confirmant un risque faible.

Combien d'accidents du travail sont liés à une chute chaque année ?

Selon l'Assurance Maladie, environ 150 000 accidents du travail liés à une chute, de plain-pied ou de hauteur, sont pris en charge chaque année en France. Les chutes de plain-pied représentent, selon l'INRS, la deuxième cause d'accident du travail avec au moins quatre jours d'arrêt.

Le port de chaussures adaptées est-il obligatoire pour prévenir les chutes ?

L'employeur doit fournir gratuitement les équipements de protection individuelle nécessaires, dont des chaussures de sécurité adaptées lorsque l'évaluation des risques identifie un danger de glissade, de perforation ou de chute justifiant leur port. Le choix du modèle dépend de l'activité et du sol rencontré, et doit être précisé dans le DUERP.