Le DUERP en transport routier : au-delà du seul temps de conduite
Une entreprise de transport routier de marchandises est déjà encadrée par une réglementation dense sur les temps de conduite et de repos, définie par le règlement (CE) n°561/2006 et contrôlée par le chronotachygraphe. Cette réglementation ne dispense pourtant pas de l'obligation de DUERP : selon l'INRS, qui consacre un dossier au transport routier de marchandises, le risque routier n'est qu'une partie des dangers du métier, aux côtés de la manutention au chargement, du travail isolé et des horaires décalés (source : INRS, Transport routier de marchandises). Un DUERP transport doit donc couvrir l'ensemble du poste de conducteur, pas seulement la conduite elle-même.
Points de vigilance propres au secteur
- Chargement et déchargement chez le client : ces opérations, réalisées hors des locaux de l'entreprise, sont encadrées par un protocole de sécurité obligatoire dès qu'une entreprise extérieure est impliquée (art. R4515-1 à R4515-11) ; le DUERP doit s'appuyer sur ce protocole plutôt que l'ignorer.
- Fatigue et vigilance : l'amplitude de conduite, la monotonie et les horaires étendus favorisent la somnolence au volant, première cause d'accidents graves selon l'INRS, malgré le respect formel des temps de pause réglementaires.
- Travail isolé : le conducteur est structurellement seul, souvent loin de tout secours immédiat en cas de malaise, d'accident ou d'agression ; c'est un risque à traiter explicitement, pas une simple caractéristique du métier.
- Arrimage et chute de hauteur : la montée sur le plateau ou la marchandise pour bâcher ou arrimer expose à des chutes graves, un risque souvent sous-estimé par rapport au risque routier lui-même.
Cas particuliers : intérimaires, sous-traitance et horaires de nuit
Le transport routier recourt fréquemment à l'intérim pour absorber les pics d'activité : l'entreprise qui accueille un chauffeur intérimaire doit l'informer des risques du poste avant sa première mission, sur la base de son propre DUERP. Le travail de nuit et les horaires décalés, très répandus dans le secteur, imposent un suivi médical renforcé des travailleurs concernés (art. R4624-17) et méritent une ligne dédiée du document plutôt qu'une simple mention en passant. Enfin, le transport de matières dangereuses (ADR) ajoute des obligations de formation et d'équipement spécifiques, à distinguer du transport de marchandises classique dans l'évaluation des risques.
Un secteur sous surveillance renforcée
Le transport routier cumule contrôles sociaux (temps de conduite) et contrôles du travail classiques. Depuis le 27 juin 2026, l'absence de DUERP expose, indépendamment des sanctions liées au chronotachygraphe, à une amende administrative pouvant atteindre 4 000 € par salarié concerné (8 000 € en récidive dans les deux ans), prononcée par la DREETS sur la base de l'article L.8115-1 6° du Code du travail. Pour une entreprise de transport, disposer d'un document distinct du seul suivi réglementaire des temps de conduite est donc devenu un enjeu direct de conformité.
Mettre en œuvre votre DUERP transport
Un DUERP transport utile distingue au minimum les unités de travail conduite/route, chargement et déchargement, arrimage/bâchage, atelier d'entretien et travail isolé. Le générateur guidé, prérempli avec les risques du secteur transport routier, permet de partir de cette base et de l'ajuster à votre activité (messagerie, longue distance, matières dangereuses). Ce contenu reste une base à recouper avec l'organisation réelle de vos tournées et de votre parc de véhicules : c'est le dirigeant de l'entreprise de transport qui reste responsable de l'exactitude du document final. Pour l'obligation générale et les échéances de mise à jour, consultez nos pages obligation du DUERP et mise à jour du DUERP.
Les 25 risques pré-cotés de votre DUERP transport routier de marchandises
Voici les risques proposés dans le questionnaire, regroupés par unité de travail, avec leur cotation par défaut (gravité × fréquence × maîtrise). Vous les décochez ou les ajustez selon la réalité de votre entreprise.
Conduite / Route 5 risques
Circulation du véhicule poids lourd sur la voie publique
Collision, sortie de route, perte de contrôle aggravée par météo, trafic, cadence de tournée ou co-activité sur autoroute
Amplitude de conduite prolongée, monotonie, horaires étendus
Somnolence au volant, baisse de vigilance, hypovigilance en fin d'amplitude entraînant un accident
Station assise prolongée, vibrations transmises au corps entier
Lombalgies, cervicalgies et fatigue musculaire par posture assise statique et vibrations du siège sur longue distance
Accès à la cabine et descente du poste de conduite
Chute ou entorse lors de la montée/descente de cabine, saut du marchepied, appui glissant par temps de pluie ou de gel
Isolement, pression des délais, incivilités et agressions
Stress lié aux délais de livraison, conflits avec clients/donneurs d'ordre, agression lors de livraisons ou de vols de fret
Chargement / Déchargement & manutention 4 risques
Port et manipulation de colis lourds ou encombrants
Lombalgie, TMS et écrasement par manutention manuelle de charges (colis, palettes non filmées, marchandises hétérogènes)
Sols de quai et d'entrepôt (encombrement, dénivelés, souillures)
Glissade ou trébuchement sur sol souillé, film plastique, palette ou câble au sol pendant les opérations de manutention
Co-activité avec chariots élévateurs et engins de manutention
Heurt d'un conducteur à pied par un chariot élévateur ou un engin lors du chargement/déchargement sur site client ou entrepôt
Marchandises stockées en hauteur dans la caisse ou sur le quai
Chute de colis, de palette mal empilée ou d'un objet lors de l'ouverture des portes ou du déstockage en hauteur
Quai / Hayon élévateur 3 risques
Bord de quai, vide entre quai et véhicule
Chute de hauteur depuis le bord de quai, dans le vide entre le quai et la remorque, ou depuis l'arrière du plateau
Manœuvre du hayon élévateur en charge
Chute du hayon, écrasement des membres, basculement d'un roll ou d'une charge non freinée, chute de plain-pied à la jonction hayon/sol
Manœuvre de recul du véhicule à quai
Écrasement ou coincement d'un opérateur entre le véhicule et le quai lors des manœuvres de mise à quai ou de recul
Arrimage / Bâchage 3 risques
Mise en tension des sangles et dispositifs d'arrimage
Effort violent et postures contraignantes lors du serrage des sangles, tendinites épaule/coude, lombalgie par gestes en force répétés
Montée sur le plateau ou la marchandise pour bâcher/arrimer
Chute de hauteur depuis le plateau, le dessus du chargement ou lors du bâchage/débâchage en hauteur
Chargement mal réparti ou insuffisamment arrimé
Déplacement ou chute de la charge en cours de route, renversement du véhicule, écrasement à l'ouverture des portes
Atelier / Entretien du véhicule 3 risques
Interventions d'entretien et de dépannage (pneus, freins, attelage)
Coincement, coupure, projection, écrasement sous un ensemble mal calé, explosion de pneumatique lors du gonflage
Opérations d'attelage et de dételage tracteur/remorque
Écrasement des mains ou du corps entre tracteur et remorque, chute par déséquilibre de la remorque, décrochage intempestif
Produits d'atelier (huiles, AdBlue, solvants, gaz d'échappement)
Contact cutané, inhalation de gaz d'échappement en local fermé, projection oculaire, dermatoses par huiles usagées
Travail isolé 1 risque
Conducteur seul, éloigné de tout secours
Malaise, accident ou agression sans témoin sur aire de repos, en zone isolée ou lors d'une intervention seul, impossibilité d'alerter
Horaires décalés / Nuit 2 risques
Travail de nuit, horaires décalés et amplitude élevée
Fatigue chronique, troubles du sommeil et de l'alimentation, baisse de vigilance majorant le risque d'accident routier
Amplitude, découchés et déséquilibre vie professionnelle/personnelle
Isolement social, stress lié aux découchés et aux longues absences, épuisement, désengagement
Tous postes 4 risques
Bruit moteur, circulation, manutention, quais
Fatigue auditive, stress et gêne par exposition prolongée au bruit de la cabine, des quais et des opérations de manutention
Exposition au chaud et au froid (extérieur, frigorifique, cabine)
Coup de chaleur l'été en manutention, hypothermie en transport frigorifique ou par grand froid lors des chargements extérieurs
Transport de matières dangereuses (ADR)
Fuite, déversement, incendie ou explosion lors du transport, du chargement ou d'un accident impliquant des marchandises dangereuses
Contacts multiples (clients, quais, sanitaires partagés)
Transmission virale (grippe, gastro, Covid) lors des livraisons, échanges de documents et usage de sanitaires partagés sur les sites
Questions fréquentes — Transport routier de marchandises
Une entreprise de transport routier avec 5 conducteurs doit-elle avoir un DUERP ?
Oui, dès le premier salarié (Code du travail, art. L4121-3 et R4121-1). Le secteur transport combine le risque routier, le risque de manutention au chargement et le travail isolé du conducteur.
Les temps de conduite réglementés remplacent-ils le DUERP ?
Non. Le règlement (CE) n°561/2006 encadre les temps de conduite et de repos, contrôlés par le chronotachygraphe ; le DUERP couvre l'ensemble des risques professionnels du conducteur (fatigue, manutention, travail isolé), au-delà du seul temps de conduite.
Le chargement et déchargement chez un client doit-il figurer dans le DUERP ?
Oui. Ces opérations, souvent réalisées sur le site d'une entreprise extérieure, sont encadrées par un protocole de sécurité obligatoire (art. R4515-1 à R4515-11 du Code du travail) que le DUERP doit prendre en compte comme un risque à part entière.
Un chauffeur intérimaire est-il couvert par le DUERP de l'entreprise de transport ?
L'entreprise qui fait appel à un intérimaire doit l'informer des risques du poste de conduite et de manutention qu'il occupera, sur la base de son propre DUERP, avant sa première mission.