Canicule et fortes chaleurs au travail : ce que prévoit désormais le Code du travail

Mis à jour le 9 octobre 2026 · 7 min de lecture

Dans ce guide

Le Code du travail ne fixe pas de température maximale légale, mais impose depuis le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 d'évaluer les risques liés aux épisodes de chaleur intense et de prévoir des mesures adaptées : eau fraîche, organisation du travail, équipements, information des salariés, en s'appuyant sur les niveaux de vigilance canicule de Météo-France.

Le Code du travail fixe-t-il une température maximale ?

L'article R4223-13 du Code du travail impose seulement que les locaux fermés affectés au travail soient, en toute saison, maintenus à une température adaptée à l'activité des travailleurs, sans fixer de seuil chiffré. Depuis sa réécriture par le décret du 27 mai 2025, ce texte couvre explicitement aussi bien le froid que la chaleur, tout au long de l'année, et non plus seulement le chauffage hivernal.

En l'absence de seuil légal, l'employeur s'appuie sur les repères de l'INRS et sur l'évaluation propre à chaque situation de travail : une température de 30 degrés n'a pas le même impact pour un travail de bureau sédentaire que pour une activité physique soutenue en extérieur. Cette approche, moins simple qu'un chiffre unique, a l'avantage de tenir compte de la réalité du poste : humidité, exposition au rayonnement solaire, port d'équipements de protection qui limitent l'évaporation de la sueur, ou encore effort physique demandé.

Ce que prévoit le décret du 27 mai 2025 sur la chaleur intense

Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 crée un nouveau chapitre du Code du travail (articles R4463-1 et suivants) dédié à la prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense, qu'il s'agisse d'un travail en intérieur ou en extérieur. L'employeur doit évaluer ce risque et, lorsqu'il est identifié, définir des mesures de prévention appropriées (article R4463-3) : adaptation des procédés et de l'organisation du travail, aménagement des horaires, protections contre le rayonnement solaire, fourniture accrue d'eau fraîche, choix d'équipements adaptés, équipements de protection individuelle et formation des travailleurs.

Ces mesures doivent être graduées selon le niveau de vigilance canicule de Météo-France (jaune, orange, rouge), un arrêté ministériel précisant les seuils et les mesures attendues à chaque niveau. Concrètement, une entreprise doit pouvoir adapter son organisation dès le déclenchement d'une vigilance orange, sans attendre le niveau rouge pour agir.

Cette gradation permet d'éviter deux écueils : réagir trop tard, une fois le risque déjà élevé pour les salariés les plus exposés, ou au contraire figer des mesures lourdes en permanence alors que le risque ne se manifeste que sur une partie limitée de l'année. Le DUERP gagne à prévoir, dès l'évaluation initiale, les mesures qui seront déclenchées automatiquement à chaque niveau de vigilance, plutôt que d'improviser une réponse au moment où l'alerte est déjà en cours.

L'eau fraîche, une obligation renforcée

L'article R4225-2 et suivants du Code du travail impose déjà, en toutes circonstances, la mise à disposition d'eau potable et fraîche pour permettre aux travailleurs de se désaltérer. En cas d'épisode de chaleur intense, cette obligation se renforce : la quantité, la température et l'accessibilité de l'eau doivent être adaptées à la situation, en particulier sur les chantiers extérieurs non raccordés au réseau, où l'approvisionnement doit être anticipé.

Dans une petite entreprise, cela se traduit concrètement par des points d'eau facilement accessibles sans devoir interrompre longuement l'activité, un réapprovisionnement suffisant pour toute la durée d'une journée de forte chaleur, et l'incitation explicite à boire régulièrement plutôt que d'attendre la sensation de soif, qui traduit déjà un début de déshydratation.

Le cas du travail en extérieur, notamment le BTP

Les activités exercées en extérieur, en particulier dans le BTP, sont les plus directement exposées à la chaleur : travail en toiture, terrassement, pose de revêtement sous soleil direct. Les mesures à privilégier incluent l'aménagement des horaires (démarrage plus tôt, pause pendant les heures les plus chaudes), la création ou l'accès à des zones d'ombre pour les temps de pause, et un accès renforcé à l'eau fraîche tout au long de la journée. L'organisation du chantier doit permettre à chacun de solliciter une pause supplémentaire sans crainte d'être pénalisé.

D'autres métiers exposés méritent la même attention, même sans le même degré d'effort physique : le paysagiste qui travaille en extérieur toute la journée, le livreur qui alterne conduite et manutention en plein soleil, ou encore le personnel de cuisine qui cumule la chaleur ambiante des équipements de cuisson avec une éventuelle vague de chaleur extérieure. Dans chacun de ces cas, l'évaluation doit tenir compte de la combinaison entre la chaleur ambiante et l'effort physique réellement fourni, qui aggrave le risque bien plus qu'une exposition passive à une température élevée.

Les travailleurs les plus vulnérables à la chaleur

Certains salariés présentent une sensibilité accrue aux effets de la chaleur : les personnes souffrant de pathologies chroniques (cardiovasculaires, respiratoires), les femmes enceintes, les salariés récemment arrivés dans l'entreprise et non encore acclimatés à un travail physique en extérieur, ou les nouveaux embauchés en période de forte chaleur. Le médecin du travail peut être consulté pour identifier ces situations et proposer des adaptations spécifiques, sans que cela nécessite un aménagement individuel disproportionné pour une petite structure.

Le salarié peut-il refuser de travailler en cas de forte chaleur ?

Il n'existe pas de droit de retrait automatique dès qu'un seuil de température est atteint. Le droit de retrait prévu à l'article L4131-1 du Code du travail suppose un motif raisonnable de penser que la situation présente un danger grave et imminent pour la vie ou la santé : une chaleur extrême combinée à un effort physique intense, sans accès à l'eau ni possibilité de pause, peut constituer un tel motif, mais une chaleur inconfortable sans danger immédiat ne suffit pas à elle seule.

C'est pourquoi l'essentiel se joue en amont, dans la prévention organisée par l'employeur en application du décret du 27 mai 2025 : des mesures adaptées à chaque niveau de vigilance canicule réduisent d'autant les situations où la question d'un retrait pourrait se poser.

Comment reconnaître les signes d'un coup de chaleur ?

Certains signes doivent alerter et conduire à une action immédiate, sans attendre l'aggravation de l'état du salarié :

  • crampes musculaires, fatigue inhabituelle, maux de tête ;
  • sensation de soif intense, bouche sèche persistante ;
  • peau chaude et sèche ou, à l'inverse, transpiration excessive avec pâleur ;
  • confusion, vertiges ou propos incohérents, qui doivent conduire à arrêter immédiatement le travail et à alerter les secours.

Un salarié qui présente des signes de confusion ou de propos incohérents dans un contexte de forte chaleur doit être considéré comme une urgence médicale potentielle : il faut le mettre à l'ombre, le faire boire s'il est conscient, et appeler les secours sans attendre une aggravation visible. Le temps de réaction compte particulièrement pour ce type de malaise, dont l'évolution peut être rapide.

Se préparer à la canicule dans une TPE : la méthode

Anticiper la chaleur intense évite d'improviser une réponse une fois la vigilance déclenchée. Quelques étapes simples suffisent pour la plupart des petites entreprises.

  1. Identifier, avant l'été, les postes et unités de travail les plus exposés : travail en extérieur, locaux mal ventilés, activité physique soutenue, proximité d'équipements chauds.
  2. Préparer, pour chaque niveau de vigilance Météo-France (jaune, orange, rouge), les mesures à déclencher automatiquement : réapprovisionnement en eau fraîche, aménagement des horaires, accès à l'ombre, allégement temporaire des tâches les plus physiques.
  3. Désigner une personne chargée de suivre la vigilance météorologique et de déclencher ces mesures dès son annonce, sans attendre une instruction individuelle à chaque épisode.
  4. Informer les salariés, avant la période estivale, des signes d'alerte à surveiller et de la conduite à tenir en cas de malaise lié à la chaleur.
  5. Consigner ce dispositif dans le DUERP, avec un point de vigilance particulier pour les salariés identifiés comme plus vulnérables ou nouvellement arrivés.

Cette préparation, réalisée une fois avant la saison chaude, demande peu de temps à actualiser d'une année sur l'autre, sauf changement d'organisation ou de locaux.

Ce que cela change dans votre DUERP

L'article R4121-1 du Code du travail le dit désormais expressément : l'inventaire des risques du document unique comprend ceux liés aux ambiances thermiques. Le risque lié aux épisodes de chaleur intense doit donc être identifié pour chaque unité de travail concernée, en distinguant le travail en intérieur et en extérieur, avec les mesures déjà en place et celles restant à formaliser.

Unité de travail Danger identifié Situation d'exposition Mesures existantes / à prévoir
Équipe chantier BTP, travaux extérieurs Chaleur intense (canicule) Exposition directe au soleil, effort physique soutenu Eau fraîche disponible en continu ; formaliser l'aménagement des horaires en cas de vigilance orange ou rouge
Cuisine de restaurant, poste cuisson Chaleur intense (ambiance thermique cumulée) Chaleur des équipements de cuisson additionnée à une vague de chaleur extérieure Points d'eau accessibles en place ; formaliser des pauses supplémentaires en cas de vigilance orange ou rouge

Préparer votre DUERP pas à pas

Le questionnaire guidé par métier de Mon Document Unique propose les mesures de prévention de la chaleur à vérifier selon l'activité, y compris pour les métiers exposés en extérieur comme le BTP ou le paysagisme, et permet d'ajouter ses propres constats avec un aperçu consultable avant tout paiement. Le sujet rejoint également celui du travailleur isolé lorsque les interventions par forte chaleur se déroulent en dehors de toute présence à proximité, en salle par exemple pour le DUERP en restauration.

Ce contenu est une information générale et ne constitue pas un conseil juridique ; l'employeur reste responsable de l'évaluation des risques de son entreprise.

Questions fréquentes

Existe-t-il une température maximale légale au travail ?

Non. Le Code du travail impose seulement que les locaux fermés soient maintenus à une température adaptée à l'activité des travailleurs (article R4223-13), sans fixer de seuil chiffré. L'employeur doit néanmoins évaluer et prévenir les risques liés aux épisodes de chaleur intense depuis le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025.

Que change le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 ?

Ce décret crée une obligation spécifique d'évaluer les risques liés aux épisodes de chaleur intense, en s'appuyant sur les niveaux de vigilance canicule de Météo-France, et impose à l'employeur de définir des mesures de prévention adaptées (organisation, eau fraîche, équipements, formation) lorsqu'un risque est identifié, dans un nouveau chapitre du Code du travail (articles R4463-1 et suivants).

L'employeur doit-il fournir de l'eau fraîche en cas de forte chaleur ?

Oui. L'article R4225-2 et suivants du Code du travail impose de mettre à disposition des travailleurs de l'eau potable et fraîche pour se désaltérer, obligation renforcée en cas d'épisode de chaleur intense, où la quantité et l'accessibilité de cette eau doivent être adaptées à la situation.

Le BTP est-il concerné par des règles particulières en cas de canicule ?

Le secteur du BTP est particulièrement exposé à la chaleur en extérieur (chantiers, toitures, terrassement) et doit appliquer les mêmes obligations d'évaluation et de prévention issues du décret de 2025, avec une vigilance accrue sur l'aménagement des horaires, les zones d'ombre et l'accès à l'eau sur les chantiers non raccordés.

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