Dans ce guide
Le compte professionnel de prévention (C2P) permet à un salarié exposé au-delà de certains seuils à six facteurs de risques professionnels d'acquérir des points, utilisables pour se former, passer à temps partiel ou partir plus tôt à la retraite (article D4163-2 du Code du travail). Pour l'employeur, l'enjeu est double : déclarer chaque année les expositions et, dans certains cas, négocier un accord de prévention.
Quels sont les six facteurs du C2P et leurs seuils ?
Depuis le 1er septembre 2023, l'article D4163-2 du Code du travail fixe les seuils annuels des six facteurs de risques professionnels ouvrant droit à des points au C2P, appréciés sur les conditions habituelles de travail :
| Facteur | Seuil (intensité) | Seuil (durée) |
|---|---|---|
| Travail de nuit | Une heure de travail entre 24 heures et 5 heures | 100 nuits par an |
| Travail en équipes successives alternantes | Une heure de travail entre 24 heures et 5 heures | 30 nuits par an |
| Travail répétitif | 15 actions techniques ou plus par cycle de 30 secondes (ou 30 actions par minute sans cycle) | 900 heures par an |
| Bruit | 81 décibels (A) sur 8 heures, ou 135 décibels (C) en pointe | 600 heures, ou 120 fois par an |
| Températures extrêmes | 5°C ou moins, ou 30°C ou plus | 900 heures par an |
| Activités en milieu hyperbare | Interventions ou travaux à plus de 1 200 hectopascals | 60 interventions par an |
Ces seuils combinent toujours une intensité et une durée d'exposition : un dépassement ponctuel, isolé, ne suffit pas à déclencher l'ouverture de points. Le travail de nuit et l'exposition au bruit au travail sont deux des facteurs les plus fréquemment rencontrés dans les TPE et PME.
Quatre autres facteurs sans points, mais toujours à évaluer
Quatre autres facteurs de risques professionnels existent : la manutention manuelle de charges, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et les agents chimiques dangereux. Depuis la réforme entrée en vigueur en 2017, ils n'ouvrent plus de points au C2P, mais ils restent des facteurs de risques à part entière : ils doivent être identifiés et prévenus au même titre que les six autres, avec des mesures de compensation spécifiques prévues pour les salariés concernés (notamment en matière de suivi médical et de départ à la retraite pour incapacité liée à une maladie professionnelle).
Déclarer l'exposition : la DSN
L'employeur détermine l'exposition de chaque salarié au regard des conditions habituelles de travail, appréciées en moyenne sur l'année, en s'appuyant le cas échéant sur les référentiels professionnels de branche homologués. Cette déclaration se fait via la déclaration sociale nominative (DSN), qui alimente automatiquement le compte du salarié auprès de la caisse gestionnaire du C2P. Il n'y a pas de déclaration séparée à effectuer en dehors de la DSN.
Une erreur de déclaration, dans un sens comme dans l'autre, expose l'employeur à un risque de redressement : sous-déclarer prive le salarié de points, sur-déclarer engage des cotisations supplémentaires non justifiées.
Concrètement, l'employeur commence par identifier les postes concernés à partir de son document unique et de son organisation réelle du travail : horaires de nuit, cadence des postes, niveau sonore mesuré ou estimé, température des locaux ou des ateliers. Cette identification se fait poste par poste, ou par situation type lorsque plusieurs salariés occupent des conditions de travail comparables, ce qui évite de refaire l'analyse individuellement pour chaque personne.
La méthode en pratique pour une TPE ou une PME
- Lister les situations types de l'entreprise à partir du DUERP : chaque unité de travail décrit déjà les horaires, l'ambiance sonore ou thermique et la nature des tâches.
- Comparer chaque situation aux seuils du tableau ci-dessus : une exposition ponctuelle, en dessous du seuil de durée annuelle, n'ouvre pas de droits.
- Regrouper les salariés en situations comparables plutôt que de traiter chaque contrat individuellement, sauf changement de poste en cours d'année.
- Déclarer en DSN au rythme habituel de la paie, en distinguant les salariés entrés ou sortis en cours d'année.
- Conserver une trace de la méthode d'évaluation retenue (mesure, estimation, référentiel de branche) pour pouvoir la justifier en cas de contrôle.
Un exemple concret : une boulangerie dont le pétrin fonctionne dès 3 heures du matin doit vérifier si le ou les salariés concernés dépassent 100 nuits de travail par an avec au moins une heure effectuée entre minuit et 5 heures, ce qui déclenche l'ouverture de points au titre du travail de nuit, indépendamment du nombre total de salariés de l'entreprise.
Faut-il négocier un accord de prévention de la pénibilité ?
L'article L4162-1 du Code du travail impose aux entreprises d'au moins 50 salariés, ou appartenant à un groupe d'au moins 50 salariés, de négocier un accord ou d'établir un plan d'action de prévention de la pénibilité, dans deux situations alternatives :
- au moins 25 % des salariés sont déclarés exposés au-delà des seuils réglementaires ;
- ou l'indice de sinistralité de l'entreprise (rapport entre le nombre d'accidents du travail et de maladies professionnelles imputés à l'employeur sur les trois dernières années connues et l'effectif) dépasse 0,25.
Les entreprises de 50 à 299 salariés couvertes par un accord de branche étendu sur la pénibilité sont dispensées de cette négociation propre à l'entreprise. À partir de 300 salariés, l'obligation de conclure un accord ou un plan d'action s'applique dans tous les cas, même en présence d'un accord de branche. En dessous de 50 salariés, cette obligation de négociation ne s'applique pas : la majorité des TPE n'est donc pas concernée par ce volet, mais reste tenue par les obligations de déclaration en DSN dès qu'un salarié dépasse un seuil.
Une entreprise de 15 salariés qui compte trois postes de nuit exposés au-delà des seuils n'a ainsi aucun accord à négocier, mais doit tout de même déclarer chaque année ces trois expositions en DSN, sous peine de priver les salariés concernés de leurs points. C'est le cas le plus fréquent en TPE : l'obligation de fond (l'évaluation et la déclaration) existe dès le premier salarié exposé, indépendamment du seuil de 50 salariés qui ne déclenche que l'obligation de négocier un accord collectif.
Ce que le salarié peut faire de ses points
Un salarié exposé à un seul facteur acquiert 4 points par an, et 8 points par an s'il est exposé à plusieurs facteurs simultanément, dans la limite d'un plafond fixé pour l'ensemble de la carrière. Ces points peuvent financer une formation en vue d'accéder à un poste moins ou pas exposé, un passage à temps partiel avec maintien de rémunération, ou un départ anticipé à la retraite, dans la limite de deux années. Ce volet concerne directement le salarié : l'employeur n'a pas à instruire lui-même ces demandes, qui passent par la caisse gestionnaire du compte. Son rôle se limite à la déclaration exacte des expositions ; il n'a pas à informer individuellement chaque salarié du nombre de points acquis, cette information étant fournie par la caisse via le compte personnel du salarié.
Combien de trimestres de retraite anticipée le C2P permet-il ?
Dix points ouvrent droit à un trimestre de majoration de durée d'assurance vieillesse (article R4163-11 du Code du travail). Le salarié peut demander cette utilisation dès qu'il atteint l'âge de 55 ans (article R4163-30). Les vingt premiers points inscrits sont en principe réservés à la formation professionnelle (article R4163-13), ce qui réduit d'autant la part utilisable pour la retraite. Pour le passage à temps partiel, la consommation de points est par ailleurs plafonnée à 80 points avant le soixantième anniversaire (article D4163-13-1).
Comment un salarié consulte-t-il son compte C2P ?
Le salarié accède à son solde de points depuis son compte personnel sur le site dédié du C2P, avec son identité numérique (France Connect ou identifiants propres). L'employeur n'a pas à créer ce compte ni à en assurer l'accès : il se crée automatiquement dès qu'une première exposition est déclarée en DSN. En cas de désaccord du salarié sur son nombre de points, la contestation se fait directement auprès de la caisse gestionnaire, pas auprès de l'employeur, même si celui-ci reste le premier interlocuteur pour vérifier l'exactitude de la déclaration d'origine.
Ce que cela change dans votre DUERP
Comme pour tout facteur de risque, le document unique doit faire apparaître, unité de travail par unité de travail, les facteurs de risques professionnels identifiés, y compris les six facteurs du C2P quand ils sont présents. Une annexe rassemble les données collectives d'exposition et la proportion de salariés concernés au-delà des seuils (article R4121-1-1 du Code du travail).
| Unité de travail | Facteur identifié | Seuil dépassé | Action à prévoir |
|---|---|---|---|
| Atelier de production en 3x8 (industrie) | Travail en équipes successives alternantes | Oui, plus de 30 nuits par an | Vérifier la déclaration DSN, étudier une rotation des postes |
| Cuisine de restaurant, service du soir uniquement | Travail de nuit | Non, moins de 100 nuits par an | Suivre l'évolution des horaires si le service s'étend |
Exemple fictif, à adapter à la situation réelle de chaque entreprise.
Les erreurs fréquentes sur le C2P
- Confondre les dix facteurs de pénibilité et les six facteurs du C2P : seuls six ouvrent des points, les quatre autres restent des facteurs de risques à évaluer sans ouvrir de compte.
- Oublier la déclaration DSN d'un salarié pourtant exposé au-delà des seuils sur l'année.
- Ne pas croiser le C2P avec le DUERP : les facteurs de pénibilité doivent apparaître dans l'évaluation des risques, pas seulement dans la paie.
- Penser que l'obligation de négocier concerne toutes les entreprises : elle ne s'applique qu'à partir de 50 salariés, sous conditions.
- Ne pas reconstituer l'historique d'exposition d'un salarié en cas de changement de poste en cours d'année : la déclaration doit refléter les conditions réellement rencontrées sur chaque période.
- Oublier que les vingt premiers points sont réservés à la formation (article R4163-13) : un salarié qui envisage un départ anticipé à la retraite doit en tenir compte dans ses calculs.
- Attendre un contrôle pour documenter la méthode d'évaluation : conserver dès la déclaration les éléments qui ont permis de fixer le seuil (mesures de bruit, plannings de nuit) évite des échanges difficiles a posteriori.
Préparer votre DUERP pas à pas
Mon Document Unique propose un questionnaire guidé par métier qui aide à repérer les risques et facteurs d'exposition les plus courants de votre activité, à vérifier et compléter selon votre organisation réelle (horaires, équipements, produits utilisés). Un diagnostic gratuit en 9 questions donne un premier état des lieux avant de générer votre document.
Ce contenu est une information générale et ne constitue pas un conseil juridique ; l'employeur reste responsable de la déclaration des expositions et de l'évaluation des risques de son entreprise.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le compte professionnel de prévention (C2P) ?
Le C2P est un dispositif qui permet à un salarié exposé au-delà de certains seuils à six facteurs de risques professionnels (article D4163-2 du Code du travail) d'acquérir des points, utilisables pour une formation, un passage à temps partiel ou un départ anticipé à la retraite. L'employeur déclare les expositions chaque année en déclaration sociale nominative (DSN).
Le C2P couvre-t-il tous les facteurs de pénibilité ?
Non. Seuls six facteurs ouvrent des points au C2P : travail de nuit, travail en équipes successives alternantes, travail répétitif, bruit, températures extrêmes et activités en milieu hyperbare. Quatre autres facteurs (manutention manuelle de charges, postures pénibles, vibrations mécaniques, agents chimiques dangereux) restent pris en compte pour la traçabilité et la prévention, sans ouvrir de points au compte.
Toutes les entreprises doivent-elles négocier un accord de prévention de la pénibilité ?
Non. L'obligation de négocier un accord ou d'établir un plan d'action, prévue par l'article L4162-1 du Code du travail, concerne les entreprises d'au moins 50 salariés dont au moins 25 % des salariés sont exposés au-delà des seuils, ou dont l'indice de sinistralité dépasse 0,25. En dessous de 50 salariés, cette obligation ne s'applique pas.
L'exposition aux facteurs du C2P doit-elle figurer dans le DUERP ?
Oui. Le document unique doit identifier les facteurs de risques professionnels présents dans l'entreprise, et une annexe rassemble les données collectives d'exposition ainsi que la proportion de salariés exposés au-delà des seuils, conformément à l'article R4121-1-1 du Code du travail.